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Quand la neige arrive dans le Nord [2]

Comme je l’ai expliqué dans un article précédent, il est assez rare de rencontrer de la neige dans le Nord de l’Allemagne mais quand elle arrive, la plupart des gens l’accueillent avec joie, surtout à Noël, car la neige a des bienfaits indéniables. Des avantages acoustiques, esthétiques et physiques. Aussi, je vais vanter à nouveau les bons côtés de l’hiver et sa neige, cet élément froid et parfois perturbateur mais surtout très magique.



Allons dans la région de Westensee où je vous présente trois activités sympathiques :

  1. une visite nocturne dans une forêt enneigée histoire d’écouter les chats-huants.
  2. une promenade dans le paysage enchanteur d’une petite vallée perdue dans la neige.
  3. une heure de luge sur une colline juste aux portes de Kiel.

Wrohe et ses chats-huants

Un poisson vous dirait qu’un flocon est très bruyant et qu’il fait même un boucan monstre lorsque ses pointes rencontrent la surface de l’eau. Croyez-le sur parole, il n’est pas le seul à entendre tomber la neige. D’autres animaux le font aussi mais pas nous. Au contraire, la neige nous surprend toujours par son absence de bruits.

Tout paraît alors plus calme et c’est prouvé scientifiquement : la structure poreuse de la neige a la particularité d’absorber une partie des ondes phoniques entre ses cristaux, en premier lieu les sons aigus. Dans un paysage enneigé, notre schéma auditif se trouve donc comme assourdi et cette impression d’univers ouaté si particulière se manifeste, surtout lorsque la neige est fraîche et épaisse. C’est là que son absorption acoustique est la plus forte.


En 2022, il a neigé un peu avant Noël. Un régal pour les yeux et l’humeur, surtout avec le soleil.

J’en ai fait l’expérience mi-décembre, un soir où la neige s’est véritablement abattue sur le Nord.

J’avais décidé d’aller dans le parc naturel de Westensee, accompagnée d’une ornithologue qui proposait une excursion dédiée aux oiseaux de nuit. Notre objectif : en apprendre plus sur la chouette hulotte et le hibou Grand-duc, deux espèces qui vivent dans les forêts autour du lac de Westensee. La météo prévoyait de la neige, pas mal de neige même puisqu’il devait neiger toute la nuit.

Le point de départ de cette randonnée qui est proposée tous les ans à cette époque se trouve à Wrohe, un village situé au bord du lac et à l’orée d’une forêt. Le circuit de trois heures va jusqu’à une petite péninsule appelée Börner ou Hohburg, site d’une ancienne motte médiévale. La forêt en question, le reste d’une très vieille forêt légendaire (le « Isarnhoe ») s’étend jusqu’aux villages de Hohenhude et Schierensee et englobe deux beaux lacs annexes. Une promenade très agréable à faire au printemps lorsque les arbres défrisent leurs feuilles et les anémones des bois forment des tapis verts et blancs (article).


Entre Westensee et Emkendorf

Imaginez donc une route de campagne qui disparaît peu à peu dans la blancheur de la neige, une armada de flocons lourdauds qui s’écrasent contre le pare-brise et une forêt d’hiver qui glisse devant vos fenêtres, presque méconnaissable dans son nouveau manteau.

En sortant de la voiture chaude, premiers crissements de pas — les flocons s’aplatissent sous les chaussures et s’agglutinent sur les bas de pantalon. La neige se dépose partout et danse dans tous les sens. Repli stratégique. Instinctivement, vous baissez la tête, vous faites corps avec votre manteau et vos gants, vous remontez votre col et vous ajustez votre bonnet.

Engourdie par la neige, la forêt se tait depuis le début. Son sol, sa végétation, ses cimes — tout est caché sous un tapis déjà épais. Le lac recouvert d’une couche de glace et de neige ressemble à un grand champ plat. Le jour s’en va, les surfaces veloutées bleuissent. Une nuit plus claire que d’ordinaire.

Voilà le paysage du silence. La neige au premier plan.


L’impression du moment : un calme profond. Juste le petit bruit de fond des flocons qui rejoignent le sol. Entre souffle et froufrou. Pour les entendre tomber, il faut être attentif. Au mieux ne pas bouger. Pas de vent dans la forêt. Pas de bruits de voitures ni de machines, même au loin. Pas de frottements de branches ni de frissonnements de feuilles mortes. Le bruit de la forêt, c’est le nôtre — nos pas, notre souffle, nos voix et le frottement de nos vêtements synthétiques.



Un silence interrompu de temps en temps par le cri nasal de quelques oies sur l’eau. Et si deux rapaces nocturnes, un couple de hulottes intriguées par l’attrape de notre guide se posent tout d’un coup dans la cime d’un arbre, juste au-dessus de nos têtes, et qu’elles poussent des petits cris guerriers, c’est parce qu’elles croient trouver un intrus dans leur royaume.

Plus loin, au cœur de la forêt, le ponton privé du Hohburg a pris un air fantomatique au bord de l’eau, surtout sous l’effet de la lampe torche. Pareil pour les deux huttes cachées sur la butte de la péninsule. Restons quelques minutes debout devant ce pont, à l’affût des bruits environnants. Malgré la neige qui se fraie un chemin sur les visages et dans les cous emmitouflés, vous relevez un peu l’ourlet de votre bonnet pour mieux tendre l’oreille et vous ralentissez votre respiration. Personne ne parle. Tout le monde écoute.

De l’autre côté du lac, dans la forêt de Marutendorf, un hibou grand-duc répond à l’appel. Parmi le susurrement des flocons, son hululement profond se fait entendre, lointain et à peine perceptible. Presque timide.



Chouettes et hiboux

C’est à la tombée de la nuit, environ vingt minutes après le coucher de soleil, que les chouettes hulottes commencent à s’activer. Leur hululement se fait entendre toute l’année, mais c’est à l’automne et à la fin de l’hiver qu’elles sont particulièrement bavardes. En général, elles semblent préférer les nuits claires, donc celles de la pleine Lune. Par contre, elles sont plus silencieuses lorsqu’il pleut, qu’il vente ou qu’il fait froid.
Avec leur « Hoû-ou ou-ou-ou-ou », les mâles marquent leur territoire et le défendent de potentiels concurrents dès le mois d’octobre.
Le chant nuptial, duo nocturne plus fréquent entre novembre et décembre, est entamé par les mâles qui veulent ainsi attirer une partenaire, la période d’accouplement ayant lieu en janvier et en février. Les femelles répondent à ces cris de contact par des « kiévitkiouit ».
Douées d’une ouïe exceptionnelle, la neige qui recouvre les sols sous la canopée ne les dérange pas pour chasser. Elles sont capables de débusquer quand même leurs proies avec précision.

Le hibou grand-duc, lui aussi, défend son territoire en émettant un cri qui se répète toutes les huit à douze secondes. Si vous vous êtes promenés en forêt à la tombée de la nuit et qu’il était dans les parages, vous avez certainement déjà entendu son « oû-ho » bisyllabique, grave et monotone.
En automne et au début du printemps, le mâle utilise un chant nuptial qu’on peut entendre jusqu’à un kilomètre à la ronde. Lorsque la femelle répond, son chant est plus aigu et un peu plus rauque. Le registre de cris des hiboux — comme celui des chouettes hulottes — est varié, il peut émettre également des gloussements, des grognements et des aboiements.


Par respect pour la faune, je ne veux pas forcément faire de publicité pour les promenades nocturnes, surtout dans la forêt. Mais se promener en début de soirée dans la pénombre et vivre une petite tempête de neige au lieu de rester à la maison, c’est une aventure vraiment intéressante, surtout en petit groupe. Dans la neige immaculée, toute fraîche et toute ouatée, la symphonie des flocons qui tombent et le cri d’un oiseau de nuit deviennent magiques. Une expérience à faire malgré l’envie de rester près du feu. La balade n’a pas besoin d’être longue. Le plus important : être bien habillé, ne pas partir seul et emmener un portable ainsi qu’une lampe torche.


Même fermée, cette petite auberge de Wrohe fait chaud au cœur.
On pense automatiquement à un feu de cheminée.

Je vous préviens, on ne voit pas grand chose : les troncs sombres des arbres nus, les branches chargées de neige des sapins qui montrent le chemin, une file indienne de randonneurs, quelques lampes ici et là qui dansent dans la nuit et surtout le bleu noir de la nuit.

Peu de visuel donc mais beaucoup d’impressions auditives et de silence comme on ne le rencontre pas souvent au quotidien.


La vallée de Brux

Les chionophiles connaissent les bienfaits d’un paysage enneigé. Il paraît en effet que la luminosité accrue rend plus heureux. Elle permet au corps de créer un peu plus de vitamine D et accélère la production de sérotonine tandis qu’elle fait baisser le taux de mélatonine. Cela ne veut pas dire que la neige est en mesure de dissiper le blues saisonnier, mais elle contribue certainement à avoir plus de tonus et de dynamisme.



Qui dit neige, ne dit pas forcément ciel bleu mais heureusement, quelques heures de soleil suffisent pour profiter de la lumière hivernale. Je vous emmène de ce pas dans une petite vallée dont j’ai déjà parlé.



Elle se trouve entre le village de Westensee et le château d’Emkenforf et est traversée par un sentier de randonnée qui relie la mer du Nord à la mer Baltique (il s’agit du Nord-Ostsee-Wanderweg qui fait 117 kilomètres).

Je me contente ici de quelques photos. Vous trouverez une description plus détaillée de la vallée dans cet article.


La piste naturelle de Schönwohld

Finissons nos mini-vacances de neige aux portes du parc naturel de Westensee. J’ai déjà parlé du Tüteberg, une grande colline située au bord du lac de Westensee. Ses 88 mètres d’altitude permettent de faire de la luge quand il y a de la neige ou de décompresser dans un décor champêtre en admirant le panorama.

Dans les environs de Kiel, certains champs — moins sportifs mais plus rapides à remonter — se prêtent aussi aux glissades. Vous pouvez y faire de la luge dans un cadre plus naturel et moins fréquenté que les spots citadins. Juste à l’entrée de Schönwohld et un peu avant le domaine de Marutendorf par exemple, il y a une colline sur le côté gauche, après un pont qui passe au-dessus de la route vers Achterwehr. Son champ est admirablement bombé et il suffit de garer sa voiture sur le bas-côté et de tirer sa luge jusqu’au point de départ quelques mètres plus loin.


La fatalité de la luge : descendre…
…et remonter

Une petite virée dans la campagne a un second avantage : vous verrez un peu plus de paysage et même une route assez banale devient belle dans la neige. Le soir, il se peut aussi que vous tombiez sur des bandes de brouillard.

Mais qui préfère rester à Kiel au risque d’avoir pas mal du monde, peut se rendre dans un grand parc près du fjord, la Krusenkoppel, et glisser sur ses pentes ou aller dans un parc de la rive Est appelé le Werftpark.

Les animaux dans la neige

Ah, les animaux dans la neige ! Je les aurais presque oubliés.



Le matin, autour de Westensee, ouvrez vos fenêtres et vous entendrez certainement le battement d’ailes régulier des cygnes, le cri de trompette des grues et celui plus nasal des oies lorsqu’ils rejoignent leurs points d’eau.



Si vous prenez votre temps, vous verrez des animaux sauvages. Ainsi, il n’est pas rare d’observer des aigles près du lac. Dans les villages, ce seront plutôt des oiseaux comme les geais ou les faisans. Les biches quant à elles profitent des jardins ouverts pour chercher les dernières pommes.

Un peu moins sauvages — Dans les prés, les moutons eux aussi grattent la couverture de neige pour se nourrir.


Ces animaux sont alors très photogéniques, quel que soit le temps. Même derrière le filtre d’un brouillard d’hiver.



Et si vous aimez les parcs animaliers, allez donc dans un « Freiwildgehege » à Kiel. Ils sont gratuits et avec le paysage de neige, on se croirait parfois en Amérique du Nord. Regardez…



Dans un parc de Kiel. Bison européen.

Les trois sites en été

Dans le parc naturel de Westensee