Quand la neige arrive dans le Nord

Quand la neige arrive dans le Nord

Dans le Nord, les hivers ne sont pas de toute gaieté – ça fait un peu anti-pub mais bon, les journées sont courtes, le ciel souvent gris et le froid n’arrange pas les choses même s’il reste modéré grâce à l’influence de la mer du Nord et de la mer Baltique.

Non, ce n’est pas forcément le moment de venir sauf si on veut profiter des marchés de Noël. De toute façon, plus l’année tire à sa fin, moins il y a de touristes. Beaucoup de musées et de parcs en profitent pour fermer et préparent leur nouveau programme. Et cette année, ils n’ont pas le choix — on a le virus !

L’hiver dans le Nord

Autour du Nouvel An, la mer du Nord connaît tout de même un petit soubresaut. Normalement, on rencontre des Allemands du Sud (il faut savoir que pour les habitants du grand Nord, le Sud commence juste en-dessous de Hambourg).

En général, ils se louent un pied-à-terre pour finir l’année en famille ou entre amis juste au bord de l’eau. Au programme, une promenade – un livre – une promenade – un resto – une promenade – une bonne petite raclette au coin du feu.

Comme on ne peut pas être sûr du temps, il vaut mieux choisir un appartement ou une maison avec vue sur la mer et un poêle, un sauna ou un jaccuzi. En tout cas, c’est ce que font les Allemands du Nord, donc les gens qui vivent au-dessus de Hambourg, car eux migrent encore un peu plus haut quand ils ont la bougeotte fin décembre : sur les côtes du Danemark.

Mais comme je disais, cette année, nous ne sommes pas gâtés. A cause du « Lockdown », la vie sociale a été réduite à un minimum un peu avant Noël. Je ne connais personne à être allé au Danemark pour le Réveillon. Pareil pour les « Sudistes » qui sont restés chez eux puisqu’il n’y a pas d’hôtels ouverts ni de locations possibles.

Donc pour une fois, pas de tourisme sur la côte. Et même pas de musées ni de piscines ni de cinémas ni de restaurants non plus — tout est fermé.

Sortir, c’est aller faire ses courses pour remplir son frigo ou promener son sac à dos et sa soupe Knorr dans les environs.

Heureusement, l’hiver nous a quand même réservé une belle petite surprise pour nous faire patienter et ça, c’est hyper sympa.

La neige !



Tous les ans, les gens attendent leur « Frau Holle » de pied ferme. Au mois de décembre par exemple, c’est toujours la même question :

« Wird es Weiße Weihnacht geben ? » (Y aura-t-il de la neige à Noël ?)

En trente ans, je l’ai vécue quelques fois, cette neige de décembre. Quelques fois, mais rarement. Par contre, elle est plus souvent au rendez-vous en février et cette fois-ci, nous avons eu de la chance car elle est venue et elle est restée un petit moment. Pour le plaisir des yeux et du moral ! Le temps de faire quelques belles promenades, un peu de luge et un gros bonhomme de neige.

A cette occasion, je vous présente donc trois stations d’hiver qui valent le coup à mon avis — tout en sachant qu’elles sont aussi éphémères et fortuites que les flocons du Nord.

Le Boxberg

Notre première station se situe entre Kiel et Hambourg. L’été, la forêt du parc naturel d’Aukrug offre de belles promenades. Je vous le démontre dans cet article. Mais en hiver aussi, Aukrug a des avantages, surtout la montagne du Boxberg et ses alentours.



Comme je l’ai expliqué ici et là, il serait plus juste de parler de collines que de montagnes dans le Schleswig-Holstein. En ce qui concerne le Boxberg, nous atteignons à peine les 80 mètres d’altitude (76,8 m pour être exact). Cependant, ces petites hauteurs surplombent de jolis panoramas. C’est encore plus valable lorsque tout est recouvert d’une nappe blanche.

Ici, nous ne sommes pas vraiment loin de la mer mais les 35 kilomètres suffisent déjà pour avoir un peu plus de neige qu’à Kiel. Un autre atout : Aukrug se trouve près de l’autoroute A7, donc sa forêt est accessible facilement quand on vient de Hambourg ou de Kiel.



Dès que la neige est tombée, l’ « Expressroute » du Boxberg reprend vie. Alors, vous verrez tout un lot de familles armées de luges qui montent vers le sommet. De véritables processions ! Souvent, ce sont les papas qui tirent les bambins pendant que les mamans filment la scène. Une fois arrivés en haut, ils reprennent leur souffle, redressent un peu leur colonne vertébrale. Alors, comme les petits n’en peuvent plus d’attendre, dès que c’est leur tour, ils s’installent derrière leurs enfants et les voilà qui dévalent la pente bien raide qui sert normalement de chemin de randonnée et qui s’est transformée en piste temporaire pour le coup.

Juste quelques secondes de glissade tape-cul … avant de remonter péniblement mais sûrement vers le Boxberg. Des dizaines de fois. Parfois, il y a de la casse mais en général, c’est la joie qui prime.


En route vers le sommet du Boxberg, vous apercevez la lande cachée sous la neige.

A cette période de l’année, il n’y a plus de chèvres sous les arbres, juste un peu de crème chantilly.

L’Expressroute dévale la pente du Boxberg. Un peu plus bas, ça descend plus sec…

Marcher dans la neige fraîche et entendre les crissements de cette belle poudre sous ses pas fait chaud au cœur mais écouter les enfants rire en plein « Lockdown », c’est comme une bonne bouffée d’air frais — l’impression que tout est normal et que tout tourne rond dans notre monde rabougri par la pandémie.



Cette neige est tellement attendue que tout le monde est sur les starting blocks dès qu’elle s’annonce. Le jour où j’y suis allée, le parking était plein comme un œuf à 11 heures et la police sur place pour veiller au respect des distances exigées.

Pour éviter les attroupements, nous avons préféré contourner le sentier principal et faire un tour dans la forêt. En direction des étangs d’Aukrug que j’ai déjà présentés en « version été ».



Cette fois-ci, voici donc quelques impressions hivernales du Boxberg



… de sa forêt de pins et de hêtres …



… et des étangs qui se trouvent au sud du Boxberg.

Apparemment, les bassins sont vidés avant l’hiver si bien qu’on ne voit plus qu’une rigole noire qui serpente en plein milieu des étendues immaculées et des traces d’animaux à la recherche de nourriture.



Envie de voir tout ça d’en haut ? Regardez.



Le Tüteberg

Notre deuxième station se trouve dans le parc naturel de Westensee qui est à l’ouest de Kiel. J’ai déjà présenté le Tüteberg en plein été. Il n’est pas le sommet le plus haut de la région avec ses 88,3 m mais certainement le plus connu.

Qui monte jusqu’au sommet, a une très belle vue sur le lac de Westensee et ses forêts ainsi que sur la région de Kiel. Alors qu’en été, le regard baigne dans des teintes bleues et vertes, les couleurs dominantes de l’hiver sont plutôt monochromes. Les troncs et les feuilles mortes se fondent dans une masse brune. S’y ajoutent de grands tapis blancs lorsque le lac gelé est recouvert de neige. Alors, les contours déformés du Westensee sont encore plus visibles.


Prudence est mère de sûreté. Malgré son apparence solide, la couche de glace est encore très fragile…. mais si belle.

Du Tüteberg (88 m), le lac qui se trouve tout en bas, presque au niveau zéro, paraît tout blanc et se confond avec les champs.

Malgré sa pente exquise qui part en virage pour le plaisir des petits et des grands, le Tüteberg est moins connu du public que le Boxberg. C’est pour cette raison que je le recommande en ce moment. Top quand on veut faire de la glisse. Il y a moins de monde, plus de place et moins de risque de se choper un virus. En tout cas, en semaine.



Plön et son île de glace

Notre troisième station d’hiver n’a pas vraiment besoin de neige mais plutôt de froid et de vent. Evidemment, s’il y a les trois, c’est encore mieux.

A Plön, on trouve certainement des collines propices à la luge mais j’aimerais plutôt vous inviter à faire une promenade et à admirer les miracles de la nature. Pour les plus sportifs, c’est aussi l’occasion de sortir ses patins s’il a fait froid assez longtemps pour que la glace tienne.*

*S’il vous plaît, faites vraiment attention avant de vous aventurer sur les lacs. Souvent, il est plus prudent de choisir une mare peu profonde au bord d’un champ.



Le lac de Plön se trouve dans la Suisse du Holstein et fait partie des plus grands lacs allemands. Sur la liste nationale, il est le dixième.

Dans la partie nord, vous trouverez une presqu’île dont je parle dans un article précédent. On l’appelle l’Ile aux Princes ou Prinzeninsel parce que les enfants du dernier empereur, Guillaume II, y vécurent quelques années pendant leur scolarité.



La pointe de la presqu’île était l’endroit préféré de l’impératrice. Le pavillon actuel se trouve à la même place que le sien. Un rêve !

Cette presqu’île en forme d’appendice a une particularité intéressante, surtout en hiver. Ses terres pénêtrent vers l’intérieur du lac sur deux kilomètres si bien qu’elle est très exposée aux aléas de la météo. Ainsi, les vents froids venant de Russie poussent l’eau du lac vers sa rive Est et pour peu qu’il y ait une grosse tempête avec des températures bien inférieures à zéro, les vagues se brisent sur les berges en les transformant en un véritable palais des glaces. On se croirait alors dans une grotte à ciel ouvert. Regardez les photos de cette année ! Ça vaut vraiment le détour, surtout quand les éclats de soleil se réverbèrent sur chaque stalactite pendu aux branches, aux racines et au pont. Les troncs d’arbres quant à eux sont drapés d’un coulis de glace et les herbes emprisonnées dans des bulles de verre.



Pour le plaisir de vos yeux, je vous ai concocté un album-photos qui sert d’hommage à ce phénomène féérique. Ah ! l’Ile aux Princes, c’est vraiment le pied.


Les trois sites en été

Petite remarque — Le phénomène qui s’est produit à Plön cette année n’est pas une rarité. J’ai trouvé des photos similaires datant des années précédentes. Selon les conditions météorologiques, ce genre de scultures naturelles peut se produire également au lac de Segeberg.