Le romantisme sauvage de la Suisse saxonne

Bien sûr, ce nom sonne totalement creux! La Suisse n’appartient évidemment pas à l’Allemagne et encore moins à la Saxe. Cependant, comme les massifs de grès qui se trouvent en Saxe des deux côtés de l’Elbe ont un petit air de ressemblance avec les paysages du Jura, deux peintres suisses qui avaient élu domicile à Dresde au XVIIIe siècle colportèrent qu’ils avaient découvert un panorama au fasciès plissé sans crêtes ressemblant à leur terre natale. La « Suisse saxonne » était née.

Nous sommes au sud-est de Dresde et le massif en question s’étend jusqu’à la frontière de la république Tchèque où il change de nom pour devenir la « Suisse bohémienne ». Ici, autant dire que le randonneur se régale. Il y a des sentiers un peu partout et certains sont sacrément sportifs. On passe dans des goulets, on monte des escaliers pas beaucoup plus larges que les hanches, on fait de la grimpette pour arriver au sommet de certains points de vue ce qui ravit les enfants et horrifie parfois les parents. Ceux qui aiment l’escalade vont adorer également puisqu’on y trouve un grand nombre de sites vertigineux malgré une altitude somme toute assez modeste (le plus haut sommet s’élève à 562 m).

Le plus spectaculaire et le plus typique dans ce paysage verdoyant, ce sont les gros blocs en enfilade, les restes érodés d’un ancien plateau immense. Parfois, ils se cachent en plein milieu de forêts denses, parfois, ils forment une grande muraille juste au bord de l’Elbe qui coule en contrebas en formant des lacets langoureux. Ces blocs ont été arrondis par le temps si bien qu’on a plutôt affaire à des plateaux qu’à des crêtes.

Beaux effets d’érosion: Les blocs de grès sont troués de part et d’autre.

Sur les hauteurs, le randonneur aura des vues panoramiques superbes au niveau des Affensteine et des Schrammsteine. Selon l’endroit, il aura même accès à de vieilles forteresses juchées à même la roche comme à Königstein ou à d’anciens repaires de brigands comme à la Bastei. Et dans les coins les plus reculés comme les gorges de la Kirnitzsch, il boira un bon bol d’air de Bohême. Romantique, sauvage, beau quoi!

C’est devant le spectacle de Mère Nature qu’on finit par se souvenir des grands romantiques allemands, du célèbre Caspar David Friedrich ou de Ludwig Richter par exemple qui vinrent ici eux aussi, pour dessiner et pour peindre. On a envie de suivre le Chemin des Peintres, le « Malerweg », chemin de randonnée historique créé au XIXe siècle pour faciliter l’accès à la Bastei. Et on rêve de découvrir les paysages qui ont envoûté ces artistes randonneurs. Sous le charme des tableaux naturels, on prend des tas de photos mais en fait, aucune ne pourra jamais égaler la beauté mystique et mélancolique du paysage saxon que Friedrich réussit à transmettre dans ses toiles. Sublime! Là, on tombe dans le romantisme pur et dur…

La Bastei, le must du touriste lambda

Quand on cherche des informations en français sur cette région, on remarque que de très beaux blogs conseillent la fameuse Bastei et j’avoue que je ne peux pas rivaliser question photos. J’y suis allée juste avant la tombée de la nuit, il faisait sombre et pluvieux mais ces quelques clichés vous permettront de vous rendre quand même compte du paysage.

Effectivement, c’est vraiment très beau. Ici, vous trouverez d’un côté un cirque de colonnes en grès magnifique et de l’autre, vous verrez couler l’Elbe 194 m plus bas. L’aimant principal, hormis le décor féérique, est certainement le pont de la Bastei construit en 1851. A l’origine, un premier pont en bois avait été bâti en 1826, cependant, le nombre croissant de visiteurs rendit nécessaire la construction d’un ouvrage plus solide. Le pont actuel relie les différents segments de pierre et fait 76 m de long. Vous serez impressionné par sa hauteur: Il est soutenu par sept piliers qui enjambent quand même 40 m de combe.

Si la Bastei n’apparaît qu’en 1798 dans le récit de voyage d’un poète, cet endroit reculé et difficilement accessible à l’époque était déjà habité au Moyen-Age puisqu’on a retrouvé les restes d’un ancien château fort sur le site. Il s’agit de Burg Neurathen qui fut d’ailleurs utilisé pendant un temps comme repaire de brigands. Pendant la visite du lieu, vous pourrez en découvrir les vestiges en empruntant un dédale de passerelles.

Au fait, si vous arrivez sur le tard, pensez à mettre une petite pièce dans la tirelire avant de repartir. On part du principe ou on espère que vous paierez pour voir, même en dehors des heures d’ouverture.

La Bastei, c’est le nid de touristes, surtout l’été, le week-end et quand il faut beau. Il faut savoir qu’elle reçoit 1,5 million de visiteurs par an. Donc, à l’entrée du site, vous trouverez des cartes et des textes en français mais aussi, fait singulier, dans des langues dépaysantes telles que le japonais. C’est à ce moment qu’on s’aperçoit que la Bastei fait partie des « choses à voir » au même titre que les champs de lavande en Provence ou la Tour Eiffel à Paris. Et la région semble plaire de plus en plus car en 2018, plus de 20 millions de visiteurs choisirent la capitale de la Saxe et la Suisse saxonne comme lieux de villégiature.

Les Schrammsteine

Sur le côté droit de l’Elbe, il y a un autre site très prisé par les Allemands mais peu mentionné dans les blogs français (je suppose que les auteurs ne sont pas germanophones et plutôt globetrotteurs que connaisseurs). Il s’agit des Schrammsteine près de Bad Schandau. Cette chaîne montagneuse est pittoresque elle aussi mais plus spécialisée dans les sports de l’escalade et dans la randonnée sportive. Un nombre incroyable de parcours permet de découvrir les beautés de la Suisse saxonne. Franchement, à faire et à refaire! Regardez:

On ne s’en lasse pas et avec une bonne carte et un brin de sensibilité, vous rentrerez à la maison impressionnés par la région et riche en images intérieures magnifiques. Il n’y a plus qu’à se pencher sur un tableau de Caspar David Friedrich et c’est bon, on rêve.

Felsenlandschaft im Elbsandsteingebirge (1822/23)

Les gorges de la Kirnitzschklamm

Pour finir, voici le détour qui vaut vraiment le coup, le bon plan qu’on ne trouve pas dans les blogs français: la Kirnitzschklamm et sa vallée au fin fond de l’Allemagne. Des gorges hyper étroites creusées par une petite rivière laquelle sépare la Suisse saxonne de celle de Bohême dans un labyrinthe végétal. Le pied juste au bord de la frontière!

Pour en savoir plus sur cette randonnée magnifique, lisez mon article: Un air de Bohême!

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