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La Suisse saxonne en miniature — Le Pfaffenstein

Vous voulez faire un tour dans la Suisse saxonne ? Voir à quoi ressemble un des plateaux les plus connus de la Saxe ? Voici une promenade très prisée du public allemand. Facile d’accès, elle vous permet de découvrir une partie du chemin de grande randonnée qu’on appelle le Sentier des Peintres — ou « Malerweg » en allemand — et de vous familiariser avec la topographie de la région. Rendez-vous au Pfaffenstein, une mesa en grès qu’on appelle aussi « la Suisse saxonne miniature ».


La « Montagne des curés » en bref

Le Pfaffenstein (428 m) qu’on pourrait traduire par « la Pierre ou la Montagne des curés » est un plateau de grès de relief tabulaire qui fait un kilomètre sur 400 mètres. Il est situé sur la rive gauche de l’Elbe, donc au sud du fleuve, et fait partie de l’étape n° 7 du Sentier des Peintres. Celle-ci va de Gohrisch à Weißig en passant justement par le Pfaffenstein.

Si vous voulez faire comme moi, vous pouvez commencer votre randonnée au petit bourg de Pfaffendorf. Ainsi, il est tout à fait possible de partir en fin de matinée et de passer une partie de la journée sur cette superbe mesa pour en découvrir le plus de recoins possibles.


Le village de Pfaffendorf

Le départ

Juste à côté de l’auberge appelée « Zum Pfaffenstein », vous trouverez un parking payant qui mène directement au plateau. Ne vous fiez pas aux apparences. La petite route (le Pfaffensteinweg) qui file vers le plateau paraît assez plate mais ça monte quand même et surtout continuellement dès le départ. Prenez donc votre temps et profitez du panorama bucolique pour vous orienter.


En bas, le village de Pfaffendorf et le parking, plus loin, d’autres plateaux de grès s’élèvent dans le paysage.

Le Pfaffenstein s’élève devant vous une centaine de mètres au-dessus de votre tête. Son plateau composé de versants abrupts et de roches proéminentes est entouré d’une couronne boisée dont le sol est jonché de gros blocs tombés avec le temps.

En soi, ce plateau de 12 hectares est une bonne introduction à la région puisque sur peu d’espace, il permet de se familiariser avec ses particularités. C’est peut-être d’ailleurs pour cette raison qu’on l’appelle la Suisse saxonne miniature.


Une forêt de feuillus et de pins entoure le plateau du Pfaffenstein.

Dans cette partie de la Suisse saxonne, le paysage est champêtre : les villages entourés de grands champs et de bois sont petits et les plateaux de grès, un peu comme les chapeaux du Petit Prince de Saint-Exupéry, surgissent du sol, formant des mesas entre les douces collines. Dans cette partie, on trouve le Gohrisch, le Königstein avec son fort et le Pfaffenstein dont le profil est abordable mais assez sportif mine de rien.


En prenant le chemin le moins pentu (le « bequemer Aufstieg »), vous suivrez la lisière pendant un temps. De là, vous aurez une très belle vue sur plusieurs plateaux de la Suisse saxonne dont celui du Königstein. Si vous avez de bons yeux, vous verrez même les murs d’enceinte du fort.

Pour accéder au sommet du plateau et pour en redescendre, il y a deux chemins : un passage étroit avec des escaliers taillés dans la roche et des échelles métalliques qu’on appelle le « Chas d’aiguille » (le « Nadelöhr ») et un chemin moins pentu (le « bequemer Aufstieg »), deux fois plus long, qui contourne une partie du plateau par l’ouest avant d’y accéder.

Le Chas d’aiguille

A ceux qui peuvent se le permettre physiquement, je conseille de suivre le parcours traditionnel du « Malerweg » et d’envisager l’ascension par le Nord, donc par le « Nadelöhr » qui se trouve en continuation de la route (sur le panneau, vous lirez le mot « Aufstieg » ce qui signifie montée).

Oui, ça grimpe sec et l’escalier, large au départ, se resserre rapidement mais cette voie est la plus rapide et la plus directe. Elle me paraît aussi plus abordable dans ce sens, surtout pour ceux qui ont le vertige. Notez aussi que pendant le déconfinement, ce sens unique avait été imposé. Certains endroits sont tellement étroits que l’ascension n’est possible qu’avec un sac à dos de taille moyenne et un bon souffle. Il faut savoir aussi que les échelles sont très exiguës. Parfois, il faut même se pencher pour passer mais c’est l’aventure.

Encore un petit avertissement avant d’arriver tout en haut : selon certaines estimations, le Nadelöhr a en tout 562 marches.

Entre les paliers, évidemment, vous pouvez faire des pauses et — surtout aux heures d’affluence — comptez parfois sur des bouchons. A vous de voir sur place. Privilégiez plutôt les heures creuses. Sinon, vous pouvez toujours redescendre par là. C’est possible aussi.


En plein milieu du Nadelöhr, quelqu’un a posé une chaussure de marche entre deux blocs de pierre. En souvenir de son passage ?

Le bequemer Aufstieg

Qui préfère monter plus doucement, peut emprunter le « bequemer Aufstieg ». Cela vous permettra de vous promener dans la forêt avant d’arriver sur le plateau ce qui est sympa aussi. C’est près de ce chemin que se trouvent les restes d’une ancienne fortification qui date de l’âge de Bronze. Cette construction est appelée « Wall » en allemand. On pense qu’elle fait partie de la culture du Lausitz. Elle servait probablement à défendre le plateau en bloquant son seul accès.

D’ailleurs, le Pfaffenstein ne servit pas de refuge qu’à cette période. Il hébergea la population locale régulièrement pendant les périodes de troubles, durant les guerres napoléoniennes par exemple. Ainsi, les paysans s’y cachèrent avec leur bétail en 1813.

Dans plusieurs grottes du plateau, on trouve également des dates gravées aux murs — la trace de chasseurs qui y séjournèrent de temps à autre ?

Le plateau et ses points de vue

En général, vous constaterez que l’endroit est très bien aménagé non seulement en matière de panneaux mais aussi en ce qui concerne les passages taillés dans la roche, les escaliers, les échelles fixées entre les blocs de pierre et les mains courantes. Néanmoins, les constructions restent assez discrètes et s’intègrent bien au paysage.



Cet aménagement remonte à l’explorateur local Karl Gottfried Jäckel (1803-1882) dont vous trouverez une plaque commémorative en chemin (sur la paroi du Jäckelfelsen). Qu’il s’agisse du chemin appelé Fallbeil ou de la Goldschmidthöhle, une des nombreuses grottes du plateau, les noms donnés aux différents blocs de pierre regorgent d’imagination créative.

C’est donc depuis le XIXe siècle que le Pfaffenstein fait partie des hauts-lieux touristiques. Les marches ont été usées, creusées et polies par les pieds. Ici, vous voyez les alentours du Jäckelfelsen, de la Bellohöhle et du Fallbeil :


Une fois sur le plateau, vous trouverez aussi une buvette (le restaurant qui mise sur le bio et le local est approvisionné par un petit téléphérique), une tour et des points de vue à gogo.



En vous promenant sur le plateau, vous découvrirez la richesse de la flore du Pfaffenstein mais vous profiterez également du panorama environnant.

N’hésitez pas à passer par les escaliers qui se faufilent entre les roches pour accéder aux grottes et aux points de vue. Les marches sont bien sécurisées et vous pouvez prendre votre temps. Parfois même, vous devez d’ailleurs le prendre selon le nombre de visiteurs et la circulation dans le sens contraire. C’est là qu’il faut avouer que la Saxe est victime de son succès actuel… Je me contente de vous donner quelques impressions de ce qui vous attend au mois de juillet — tout en évitant de montrer le nombre de touristes au mètre carré :

La Barbarine

Pour finir, il faut évoquer la Barbarine car le Pfaffenstein ne peut pas s’en passer.

La Barbarine est une des formations les plus connues de la Suisse saxonne. Je ne sais pas si vous me donnerez raison mais je ne peux pas faire autrement, je lui trouve une forme phallique même si son ancien nom ne le fait pas paraître. En effet, cette pointe de grès s’appelait auparavant la Pierre de la Vierge (Jungfernstein).

D’après la légende, une femme avait envoyé sa fille à la messe un dimanche. Cependant, cette dernière lui avait désobéi et s’était mise à cueillir des myrtilles en cours de route. La mère, en rage, l’aurait transformée en pierre pour la punir.

Cette aiguille de 42 mètres de haut se trouve au sud-est du plateau et est considérée comme l’emblème du Pfaffenstein.


La célèbre Barbarine
Toute aussi spectaculaire, cette aiguille noirâtre s’élance vers le ciel.

Pour la petite histoire

C’est le 19 septembre 1905 que quelqu’un escalade la Barbarine pour la première fois jusqu’à son sommet. Du moins, c’est la première fois qu’on relate une telle ascension dans les journaux. Très rapidement, cette pointe surnommée parfois « Bärbel » fait partie des spots d’escalade appréciés. Cependant, la pointe endommagée par l’érosion et par les coups de foudre est fragile.
Pendant quelques décennies, le problème est endigué : on stabilise avec du béton, on fixe avec des fils en métal. Finalement, l’escalade de la Barbarine est interdite en 1975 afin de la préserver. Aujourd’hui, elle fait partie des monuments naturels géologiques protégés.

Liens utiles

Le restaurant qui se trouve sur le plateau a publié une carte détaillée du Pfaffenstein. Sinon, vous trouverez une carte interactive ainsi que quelques photos supplémentaires sur le site du Parc naturel de la Suisse Saxonne.

En cas de pépin — Qui s’aventure sur les chemins de randonnée ou fait de l’escalade ici, peut toujours avoir un problème. C’est la « Bergwacht » qui s’occupe des premiers secours. Personnellement, j’ai pu voir une équipe de secouristes en action au Pfaffenstein et m’étonner de leurs moyens de locomotion. En effet, pour aller sur les lieux d’un accident, ils sont parfois obligés de se faire hélitreuiller ou de grimper eux-mêmes ce qui fait d’eux des secouristes polyvalents. Dans le cas de la vieille dame qui avait dérapé entre les pierres d’un escalier au Fallbeil, ils sont passés par le chemin le plus large … en quad. Pratique.

D’autres bons plans en Saxe

Sur la rive gauche:

Sur la rive droite:

Vers Dresde: