You are currently viewing Le port de Schilksee

Le port de Schilksee

Dans cet article, je vous fais découvrir le port de Schilksee qui accueillit une partie des Jeux Olympiques de Munich en 1972. Oui, c’est ici, dans le fjord de Kiel qu’eurent lieu les compétitions de voile et cinquante ans plus tard, ce port est toujours et encore actif — pendant les régates de la « Kieler Woche » par exemple. A Kiel, on l’aime bien malgré son apparence de brute.

Un petit tour dans le fjord de Kiel avec et sans couleurs.

Gris

OUI, c’est vrai que le port Olympique de Schilksee est un gros tas de béton et qu’il respire les années 1970 à plein nez avec sa grisaille imposante et ses formes géométriques.

C’est d’ailleurs plutôt en noir et blanc qu’il faut photographier son brutalisme car le monochrome anoblit ses angles et ses arrêtes. Le gris des couleurs valorise ses parois et ses volumes délavés. Alors, tout s’ordonne et s’harmonise.

Compact

OUI, Schilksee est un poids lourd. Ses formes massives s’étendent sur 465 mètres : une barre en béton qui accueille en tout pas moins de 400 appartements ; une construction terne d’un gris défraîchi et des balcons trapus en forme de tiroirs ; un « copy and paste » sur plusieurs étages ; la rigueur des lignes parallèles et perpendiculaires ; l’addition et la multiplication des modules. Derrière, il a aussi trois grands immeubles — hauts, rectangulaires, pas plus gais et pas plus légers que le reste.

Les fenêtres s’ouvrent sur le port. En-dessous, une zone piétonne sert de transition : on l’appelle le « Vaisseau Fantôme ». Ses magasins et ses restaurants se succèdent, avec leurs grandes vitres derrière des colonnes en béton qui soutiennent l’épaisseur des arcades. La piscine olympique, elle aussi, s’imbrique comme dans un puzzle de cubes et de triangles.

Brutal

OUI, c’est vrai que l’architecture de Schilksee est un peu brutale et choquante (mais il y a pire). Elle revendique sa place jusqu’au bord de la mer en s’opposant au liquide de la Baltique qui clapote plus ou moins doucement contre sa berge empierrée, son quai bitumé, ses pontons tirés à la règle et à l’équerre.

Schilksee a une qualité esthétique qu’on aimera peut-être à nouveau un jour. Certains commencent à réclamer un intérêt architectural, la plupart la trouve grossière. Elle n’agresse pas trop l’œil mais elle ne le caresse pas non plus.

L’abondance du béton catapulte la nature vers l’arrière du pays ou sur les côtés, en direction de Falckenstein où file une falaise vers l’intérieur du fjord de Kiel.

Triste

OUI, l’hiver de Schilksee peut paraître triste, le béton n’a pas bien vieilli, le ciel et la mer ne se prêtent pas toujours au jeu non plus — gris gris gris, tout gris, parfois trop gris.

Alors, les appartements et les pontons sont vides, les balcons dépeuplés. Les bateaux attendent les beaux jours, nettoyés, bâchés, rangés les uns à côté des autres. Hors-saison, il y a peu de vie à Schilksee ; juste les habitants du coin et les amoureux de la voile.

Difficile de croire que le « Fliegender Holländer », la terrasse publique qui se trouve entre le bâtiment et le port, a accueilli toute une foule en liesse le 28 août 1972, date de l’ouverture des Jeux Olympiques de voile. Ce jour-là, le port de Schilksee était resplendissant. Tout était neuf, clair, moderne et la flamme olympique brûlait de tous ses feux en haut de la tour panoramique.

Gris mais pas que

Aujourd’hui, au mois de novembre, lorsque l’œil recherche les couleurs à Schilksee, il navigue plutôt vers la mer ou se pose sur les détails.

Dans le gris des bâtiments, il trouve : un petit conifère en pot recroquevillé derrière le parapet d’un balcon ; un rideau coloré à la fenêtre d’un appartement ; les installations aériennes de Tomitaro Nachi — des girouettes appelées « Ailes du Vent ». En groupe, elles se dressent au-dessus des têtes, au bord du quai — à quelques mètres d’un stand de poisson (qui s’appelle le « poisson rouge » ce qui est quand même cynique, vous l’avouerez).


Une mouette s’est posée sur une Aile. Le regard fixe, elle observe les petits pains qui se promènent de main en main et qui disparaissent dans les bouches. A cette heure, les promeneurs sont de sortie et qui dit monde, dit faim, dit poisson, dit restes — peut-être. Elle n’est pas la seule à espérer. Il y en a d’autres qui attendent près des poubelles.

En fait, les couleurs de Schilksee sont surtout sur l’eau et autour du port. D’abord, il y a la mer étincelante dès que le soleil brille. Puis, il y a les catamarans, les optimistes et les voiliers en tous genres avec leurs voiles éclatantes et bariolées. Il y a aussi la plage, les arbres roussis par l’automne sur la falaise, le phare de Bülk vers la ville voisine. Enfin, il y a les bouées de navigation et les gros bateaux qui entrent ou qui sortent du fjord.

Du coup, si le regard est gêné par le « pas beau », pas besoin de regarder dans cette direction. On peut tout aussi bien occulter et profiter du spectacle.


Compact mais pas que

Dans ce cadre seventies, on trouve tout de même un monument qui se démarque de la grisaille et qui démontre que les cellules de Schilksee, toutes grises et uniformes qu’elles soient, ont une fonctionnalité attachante et qu’elles peuvent être plus spacieuses qu’on ne le pense.

En effet, en plein milieu de la zone piétonne, les architectes de l’époque ont fait dresser une petite tour sur plusieurs étages. Ici aussi, Storch et Ehlers ont mis l’accent sur la géométrie mais l’ensemble paraît plus aéré. Même si ce promontoire n’est pas très haut, on ne peut pas le louper : la rambarde des escaliers est d’un bleu intense qui tranche avec le gris ambiant.

Les surfaces verticales en béton ont été peintes en blanc. Une très bonne décision pour mettre cette tour et son esthétique en valeur. Sur un des murs, le logo des Jeux Olympiques rappelle que Schilksee a été un lieu privilégié dans l’histoire du sport international et les petits stalactiques sous les plateaux démontrent que ça fait déjà assez longtemps.



En bas, les pièces sont réservées au bureau des « Hafenmeister », les capitaines du port comme on dit en français. Des escaliers larges l’entourent, interrompus par trois plateaux. Chaque étage offre une vue panoramique à 360 degrés sur le port et le fjord. Malgré la hauteur modeste de cette tour, on se rend donc compte que les appartements qui ont hébergé les athlètes en 1972 et qui sont privés aujourd’hui ont l’avantage de la vue. L’espace de Schilksee a été bien calculé.

Brutal mais pas que

La flamme olympique a servi une fois, entre le 28 août et le 11 septembre 1972, mais elle est éteinte depuis. Ce qui reste, c’est sa construction : un cercle de lance-flammes qui culmine en plein milieu du plateau supérieur.



La vue est belle. Au Nord-Est, la tour de Laboe se profile de l’autre côté du fjord tandis qu’à l’Ouest, à un kilomètre à peine, il y a Strande et son phare. Schilksee, un des derniers ports dans le fjord de Kiel, a l’avantage d’être face à la mer ce qui en fait un port parfait pour la voile.


Laboe, de l’autre côté du fjord
Le port de Strande, juste à côté

En bord de mer, il y a les pontons tracés à l’équerre. Selon la saison, il se peut qu’ils soient vides car les ports de la Baltique sont toujours sécurisés avant que la période froide commence.



C’est en octobre que vous verrez les propriétaires s’activer. Ils nettoient la coque des bateaux au karcher, les font remonter sur la cale et ranger dans les hangars ou parquer au sec, sous des bâches. Voilà pourquoi le « Fliegender Holländer » se transforme en parking pendant l’hiver.



Le port tourne alors au ralenti mais le froid n’empêche pas les petits gabarits de naviguer, surtout le week-end car les écoles de voile continuent à sortir en mer. Les navettes ne viennent plus jusqu’à Schilksee. De toute façon, il n’y aurait pas beaucoup de monde à venir. La plage, calme, accueille les promeneurs de la région qui viennent humer l’air du large.



En été, Schilksee est plus effervescent, évidemment. Vu le nombre d’appartements de location disponibles en bord de mer, c’est mieux.


Pas si triste tout compte fait…

NON, tout compte fait, Schilksee n’est pas si gris, si compact, si brutal et si triste que l’on pense. Les détails variés lui confèrent assez de charme pour plaire à pas mal de monde.

Qui s’intéresse aux sports de voile, y trouvera son bonheur, surtout s’il y a des régates.

Qui apprécie les bâtiments seventies, aura peut-être envie d’immortaliser ce centre qui prend de la bouteille et qui devient historique mine de rien. Mes préférés : la tour de la flamme olympique, son escalier et son horloge, le ponton aux pointes blanches et les « Ailes du Vent », surtout lorsqu’elles servent de tourniquet aux mouettes.

Qui aime se promener, devrait quand même longer la côte jusqu’à la plage de Falckenstein car ainsi, il ou elle pourra découvrir le littoral du fjord de Kiel fait de plages et de falaises. L’automne offre un beau contraste de couleurs avec le centre olympique de Schilksee.