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P comme Port — Wendtorf

Le village de Wendtorf se trouve à 20 kilomètres à l’est de Kiel, à l’endroit où la mer Baltique s’étend vers l’horizon. Sur la côte, il a une lagune dont un côté — le cordon de sable du Bottsand — a été déclaré zone protégée tandis que l’autre est aménagé en port de plaisance. Wendtorf a aussi un petit paradis de plage et un port de pêche ce qui fait pas mal de P pour un petit patelin de la Probstei. Je me suis donc mise en quête de tous ces P qui font le charme de Marina Wendtorf. Et j’en ai même trouvé d’autres.

Paradis — Accroupie à un mètre de la plage, toute nue, elle observe une crevette qui sonde le sable avec ses petites pattes crochues. Elle ne remarque même pas que ses fesses trempent dans l’eau, que les vaguelettes mouillent son ventre. Fascinée, elle retient sa respiration, immobile, contemplative. Ce n’est qu’un petit bout de plage mais pour elle, c’est le paradis car elle peut regarder les bestioles de la côte dans une anse protégée des vents et des vagues qui plonge doucement vers le fjord.



Projet — Juste à côté, oubliant son rôle de renfrogné, un adolescent a retroussé son jean jusqu’aux genoux et s’est avancé dans l’eau encore chaude pour faire le tour des premières piles du pont. Pris au jeu, il s’est mis à ramasser les tapis d’algues desséchées au bord de la plage. Il les a mis en boule et les a posés sur l’eau par paquets. Un peu de sable par dessus et voilà ! Son île flottante toute ronde et toute grise ballotte doucement au rythme de l’onde. Un sourire de satisfaction éclaire son visage au milieu d’un nid de taches de rousseur. Dans quelques semaines, l’hiver frappera aux portes des maisons et plus personne ne pensera à mettre les pieds dans l’eau de la Baltique. Près de la promenade, on trouve un autre projet de construction — moins éphémère, moins nature. Un chantier en construction signé DanCenter car Wendtorf se refait une beauté pour ses touristes.

Péninsule — Ses parents l’ont laissé jouer pour marcher plus loin, vers Stein et Laboe, jusqu’à l’endroit où une bande de sable rejoint presque l’autre côté, une zone qui se profile, protégée par la loi — le Bottsand avec ses oiseaux du bord de mer et sa végétation dunaire. Ils marchent donc jusqu’à l’endroit où les deux crochets de sable resserrent la lagune, laissant aux bateaux juste assez de place pour entrer dans le port. Pour y aller, ils se sont frayé un chemin entre les herbes et les rosiers, s’arrêtant de temps en temps pour savourer la vue, se retournant de temps en temps pour vérifier si leur grand va toujours bien. Quelques fauteuils en osier, très cosy, ont été éparpillés entre les herbes ; des « Strandkörbe » aux couleurs vives et fraîches ; les plus romantiques du coin. Un bateau entre dans le port.

Plateforme — A quelques mètres de la petite plage, des couples se sont installés sur les bancs de la plateforme panoramique et quelques personnes sont assises sur les marches au ras de l’eau. Le nez au soleil et les yeux remplis de mer, ils discutent à voix basse, rêvent en plissant les paupières ou tapotent sur leur téléphone, font une photo du voilier qui arrive dans le port, observent les oiseaux qui se font bercer sur les barques devant eux.



Panorama — Le soleil brille au-dessus du fjord de Kiel et chasse — pour une journée seulement mais qu’importe, c’est le week-end — la mélancolie de l’automne qui se prépare car il arrive, cet automne, avec ses arbres rouquins et ses odeurs de champignons. On le sent déjà mais dans l’instant présent, arrêt sur image : un petit bout de plage en bout de port. D’un côté, un fouillis d’herbes sèches et d’algues couchées sur le sol, dans le fond, les toits pointus d’une série de maisons de location « style nordique » et les blocs gris des immeubles « Seventies ». Heureusement pour Wendtorf, il y a encore plus laid sur la côte (mais je ne dis pas que c’est beau). De l’autre, un ponton et sa plateforme en prolongement du quai et à droite, les couleurs tendres du Bottsand. Une journée qui pourrait encore faire partie de l’été. La douce chaleur du mois de septembre.



Passé — A droite de la plateforme, au bord du chenal, un petit ponton parallèle accueille quelques vieux gréements. Deux personnes s’affairent sur un des voiliers du musée « Museumshafen Probstei ». Méticuleusement, ils recouvrent la grande voile d’une gaine rougeâtre. A côté, la reconstruction fidèle d’un « Wadenboot » rappelle l’histoire de Beeke Sellmer, cette femme qui organisait des allers-retours entre la Probstei et Kiel à une époque où il n’y avait pas encore de navettes régulières ni de bus entre les deux régions. Pour deux schillings et de l’huile de coude lorsque le vent manquait à l’appel, on pouvait traverser le fjord deux fois par semaine. C’était en 1857, la lagune de Wendtorf n’avait pas encore de port de plaisance mais un petit groupe de pêcheurs vivait déjà au bord de l’eau et profitait du calme de cette baie. Quelques chaumières entourées de filets et de petites barques. Pas un grand port de 850 places comme aujourd’hui.

Plaisance — Au milieu de Marina Wendtorf, des promeneurs se sont trouvé une petite place assise sur le quai. Une bière ou un café à la main, ils regardent les voiliers et bateaux à moteur rangés autour des pontons — un assemblage de cordes et de mâts, d’hélices et de bouées. Entre ordre et désordre. De temps en temps, un voilier sort du port ou revient d’un tour dans le fjord.



Poissons — A quelques centimètres d’une cale, caché dans un amas d’algues, un syngnathe aiguille sort son museau de l’eau. Les yeux fixes et les nageoires en éventails, il attend son repas. Impassible. Comme une branche qui flotte à la surface. Sous le quai, un crabe moins mimétique fait la même chose. Il s’est glissé entre les pieux rongés par les vers et disparaît dès qu’une ombre passe au-dessus de sa tête. Des crevettes nagent en toute tranquillité d’une bouée à l’autre et se posent autour des piquets, les antennes et les pattes en perpétuel mouvement. Des petits fantômes translucides.

Pêche — Un monde maritime au ralenti. Un port à quelques kilomètres du fjord de Kiel, bien protégé dans sa lagune. Plaisance mais pêche aussi car Wendtorf a réussi à garder sa tradition de pêche.



Plusieurs chalutiers sont amarrés au pied de quelques bâtiments clairs. Juste à côté, une grue, des barrières et des murs entiers de sacs de sable. Le bric-à-brac de caisses en plastique, de filets, de cordages et de fanions cohabite avec les formes stylées des résidences balnéaires toutes neuves.



Pas touche — De l’autre côté de la lagune, sur le cordon littoral du Bottsand, une seule construction se dresse au-dessus des herbes — une cabane en bois, un abris pour le bétail qui reste dans les zones de pâtures été comme hiver. Personne n’y met les pieds à part les membres de l’organisation appelée NABU. 91 hectares de nature à protéger ; tranquilles, les sternes naines et les grands gravelots profitent de l’eau saumâtre de la lagune et de la végétation rase pour s’y reproduire ; bien cachés, les crapauds calamites ou les lézards vivipares vivent dans leur petit paradis de dunes poilues.


Le Bottsand en hiver

Plage — Plus loin, après avoir longé la digue qui mène à la mer et qui protège les terres d’éventuelles inondations, les promeneurs du dimanche profitent des dunes et du sable fin. Un cerf-volant fait des loopings dans l’air frais, un couple s’embrasse sur une dune, des enfants jouent dans le sable avec leurs pelles et leurs seaux.



Quelques personnes marchent au bord des vagues, à la recherche de coquillages, de silex ou de calme. Certains vont jusqu’à Heidkate, un des paradis de kitesurf et de planche à voile. Jusqu’à son petit phare à tête rouge et sa digue verte.

Pépère — Toutes ces scènes maritimes bout à bout font le charme de Wendtorf malgré ses vieux blocs en béton qui tranchent avec la beauté du site — un port hybride qui n’a pas (encore) été trop relooké au goût des touristes d’aujourd’hui. Un pouvoir de séduction garanti par le Bottsand et des points de vue romantiques en fin de journée car le soleil va se coucher dans la baie de Kiel, juste au bout de la lagune ; enfin, un peu de paix grâce au calme si typique des ports de plaisance. On n’y trouve pas de restauration sensationnelle ni les activités touristiques de certains spots de la côte mais on peut apprécier le « pas de chichi » et la promenade pépère qui longe un port construit à l’équerre.



Reste à voir comment cette marina va changer quand le projet de construction en cours aura touché à sa fin. Je dirais donc :

Parfait — pour l’instant !