Neukirchen ou les anges de la falaise

Neukirchen ou les anges de la falaise

Entre nous

Un soir, juste au moment où toutes les petites bougies s’allument au cimetière de Neukirchen



L’église de Neukirchen

Du côté de la mer Baltique, l’Allemagne se termine par un grand bras de mer qu’elle se partage avec le Danemark. Il s’agit du fjord de Flensburg qui est composé de deux parties : le fjord extérieur (Außenförde) et le fjord intérieur (Innenförde).

Aujourd’hui, nous allons découvrir un tout petit bout de côte sur la péninsule de Habernis. Nous sommes dans la partie sud-est du fjord extérieur. En face, on voit les côtes danoises — c’est d’ailleurs le cas partout sur une cinquantaine de kilomètres.



Comme nos deux petits anges l’ont annoncé, nous voici donc juste à quelques pas d’une église toute blanche : Neukirchen, la « nouvelle église » pour ainsi dire. Et pourtant, elle est loin d’être neuve.

C’est un duc qui décida de la faire construire au début du XVIIe siècle. Il avait acheté un petit château dans le coin en 1618 et voulait faire de cet endroit sauvage une nouvelle ville portuaire. A la base, ce n’était pas une mauvaise idée puisque Nieby, la ville qu’il pensait créer, était bien placée mais manque de chance, le duc mourut quatre ans plus tard et son œuvre resta inachevée. Néanmoins, l’église était en construction et c’est elle qui donna finalement son nom à la paroisse qu’on a tout de même du mal à trouver sur la carte. Premièrement, ce ne sont pas les Neukirchen qui manquent dans le Nord, deuxièmement, c’est vraiment tout petit. Cherchez Steinbergkirche ou Quern, c’est plus facile.


Neukirchen rappelle les églises blanches du Danemark, celle de Kegnæs par exemple qui se trouve juste en face. 1837 se réfère à l’année où la tour, construite plus tard, reçut un enduit en ciment. Aujourd’hui, l’église, son allée de tilleuls et ses taillis sont des monuments d’intérêt et classés historiques.

Au-dessus de la grille du cimetière, on lit : « Que le Seigneur protège ta sortie et ton entrée à partir d’aujourd’hui jusqu’à l’éternité. Seul par la foi. »

Comme souvent sur cette côte, la mer cohabite avec des collines morainiques faites de sable et d’argile et couronnées d’arbres et de champs ondulés. Aussi, j’espère que la falaise n’est pas trop active à cet endroit car autour de l’église, il y a un petit cimetière qui s’étend jusqu’au bord et c’est aux premières loges, devant la mer, que se trouve la croix des anges.



Passons juste devant ces deux ravissants petits anges que j’ai décidé d’appeler Raphaël et Michel et descendons à la plage qui se trouve en contrebas. En bas de l’escalier, une autre croix, en bois cette fois-ci, nous accueille. D’ailleurs, qui veut se marier au bord de la mer, peut le faire — quel romantisme ! — mais au mois de novembre, vous y trouverez plutôt de l’ombre l’après-midi et quelques pêcheurs courageux qui attendent leurs poissons dans l’eau.



Vers la pointe de Habernis

Marchons maintenant vers la pointe de Habernis qui se trouve à l’est (il faut tourner à droite). La falaise qui est encore haute près de l’église de Neukirchen, rejoint peu à peu le niveau zéro après les maisons de Nieby. C’est entre les deux que vous trouverez les restes d’un ancien ponton. Il sert aujourd’hui de perchoir, de dortoir, de chaise-longue à toute la volaille de la région. Fidèles à leurs habitudes, les cormorans se sèchent les ailes tout au bout. Pendant ce temps, les canards semblent attendre le prochain bateau en faisant un petit somme, le bec caché entre les plumes. Derrière eux, en seconde position — à l’abri du vent —, les mouettes profitent du soleil.


Au fond, les falaises du Danemark sont encore bien éclairées par le soleil d’automne. Tout comme les oiseaux de mer qui paressent.

Ce grand perchoir à oiseaux était utilisé il y a quelques décennies par des bateaux réputés pour leurs « Butterfahrten ». En effet, à partir de 1953, il était courant de se payer un petit tour en bateau vers le Danemark ce qui permettait de faire ses courses sans payer de taxes de douane. Il suffisait de quitter la zone (certains bateaux n’accostaient même pas au Danemark) et le trajet ne coûtait presque rien. Souvent, on faisait ses emplettes en famille, entre amis ou avec ses voisins et on attendait la frontière avec bonne humeur pour sortir son porte-monnaie.

Ce genre de sorties était tellement prisé que des entreprises entières s’étaient spécialisées dans les « Butterfahrten ». Dans les années 1990, des bus pleins à craquer de retraités s’arrêtaient devant les pontons et ensuite, c’était parti pour un « tour de beurre » en bateau.

Au juste, pourquoi « Butterfahrt » ?

A l’époque, le beurre, une denrée importante dans l’alimentation allemande, était beaucoup moins cher au Danemark qu’en Allemagne si bien qu’on l’achetait en gros « chez » le voisin. On remplissait ses sacs également de tabac, d’alcool et de parfum.

Les derniers tours eurent lieu en 1999 puisque l’Union Européenne les avait interdits. Depuis, ce pont a été abandonné, comme d’autres d’ailleurs, mais comme vous le voyez, il a été récupéré…



Qui a envie de faire un tour dans les terres après Nieby, peut longer un ruisseau qui conduit dans les marécages de tourbe de Habernis. Je fais un petit topo sur le Habernisser Moor, sa source artésienne et son paysage particulier dans un autre article.

Lorsque le soleil se couche dans les terres et que la nuit arrive au grand galop, Neukirchen et sa plage ne manquent pas de charme même si au mois de novembre, il fait un peu frisquet, il faut l’avouer.



En remontant vers l’église, on remarque que nos deux petits anges veillent encore sur leurs morts en haut de la falaise, le regard porté vers l’église. Un peu partout, des bougies rouges se sont déjà allumées au pied des croix et devant les pierres tombales. Le clocher disparaît petit à petit dans le noir.

Sur la plage, quel calme !

Bientôt, l’essentiel sera invisible pour les yeux… même pour les nôtres. 🙂


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