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Le Bungsberg — Au sommet du Schleswig-Holstein

Le nord de l’Allemagne n’est pas plat, mais à part les collines champêtres et les mamelons boisés, il n’y a pas de montagnes. Une exception peut-être : le Bungsberg où l’on peut même faire du ski pour peu que le nord se recouvre de neige et que les pistes soient ouvertes au public. Rendons une petite visite au point culminant du Schleswig-Holstein et profitons de ses deux tours pour mieux admirer le paysage bosselé de la Suisse holsteinienne.


Sur le 2D des cartes du Schleswig-Holstein, il y a tout un tas de petits triangles disséminés entre les lignes, les points et les zones colorées. Des noms qui se terminent en -berg, ce qui promet un peu de hauteur puisque ce substantif signifie « montagne » ou — comme dans le cas du nord — « colline ».

Pour vous donner une impression plus concrète, voici une liste des monticules les plus connus et les plus hauts du Schleswig-Holstein (altitude en mètres) :

Les montagnes du Schleswig-Holstein

  • Le Parnaß qui se trouve à Plön et qui permet de voir une partie des lacs de la région fait 66 mètres d’altitude.
  • Le Pariner Berg (72 m), lui, domine la vallée de Bad Schwartau près de Lübeck.
  • Quant au Boxberg (77 m), il se situe dans le parc naturel d’Aukrug entre Kiel et Hamburg.
  • Le Tüteberg (88 m) et le Kieler Berg (94 m) se trouvent, eux, dans le parc naturel du Westensee à l’ouest de Kiel.
  • Le Aschberg (98 m) et le Heidberg (99 m) font partie des sommets culminants (!) de la région appelée la « Montagne des Huttes » qui est située entre Kiel et la frontière danoise.
  • Pour finir, le Pilsberg (128 m) donne sur la mer Baltique à quelques kilomètres de Lütjenburg. Pour moi, il s’agit de la plus jolie tour mais c’est un avis tout à fait personnel.

Vous voyez que nous ne pouvons vraiment pas parler de grands pics rocheux ni de neiges éternelles… Surtout que ces collines morainiques sont souvent faites de couches de sable et d’argile et qu’elles ont un aspect plutôt arrondi. Parfois, elles se cachent sous un toit végétal comme c’est le cas au Kieler Berg. Parfois, elles sont affublées d’une tour ce qui permet de monter au-dessus des cimes — c’est possible au mont Parnaß, au Pariner Berg, au Aschberg et au Pilsberg.


La construction de la tour du Parnaß est métallique et aérienne (Plön, 66m).
Celle du Pariner Berg, fraîchement rénovée, est plus lourde (près de Bad Schwartau, 72m).

Sur cette liste, il manque un « Berg » dont les Allemands du Nord connaissent le nom même s’ils n’y sont jamais allés. Il s’agit du fameux Bungsberg, point culminant du Schleswig-Holstein avec ses 167,4 mètres de hauteur. C’est de cette belle et grande colline dont il va être question ici.

Nous allons partir de la forêt avoisinante et emprunter un sentier de randonnée appelé le « Holsteinische Schweiz Weg » (au total 53 km de route) puisqu’il y mène. Partons faire un tour dans la Suisse du Holstein. Suivez-moi.


En chemin vers le Bungsberg

La Suisse du Holstein

Le Bungsberg est situé en plein milieu d’une région appelée la « Suisse du Holstein ». Vous direz certainement que cette appellation qui suggère un relief alpin dans le Schleswig-Holstein est trompeuse et je vous donne raison. Mais il faut savoir que ce nom a été créé dans un but publicitaire.

En effet, il remonte à l’époque où le tourisme se développa, c’est-à-dire à la seconde moitié du XIXe siècle. Selon la légende, vers 1860, quelques artistes peintres étaient passés dans la région de Plön et avaient constaté — comme cela a été le cas dans la Saxe qui possède une Suisse également — une certaine ressemblance entre les deux paysages. Par la suite, les hôteliers profitèrent de l’engouement des gens riches pour les voyages et pour l’air frais des campagnes et ils se mirent à comparer leur région faite de belles ondulations aux montagnes suisses. C’est d’ailleurs ce qui explique l’existence de bâtisses construites dans le style alpin, à Malente par exemple.

Voici quelques photos tirées du Bungsberg qui vous permettront de vous faire une idée du relief velouté de cette petite Suisse :


Cette région adorable et romantique à souhait s’étend sur 75.000 ha de Kiel à Lübeck, s’arrêtant au sud à la ville de Bad Segeberg . En général, elle est connue pour ses petites villes dont certaines ont l’appellation « Ville de cure », mais aussi pour ses nombreux lacs et son paysage vallonné.


Derrière les éoliennes, vous pouvez voir la côte plus plate qui va vers Lübeck. C’est là que s’arrête la Suisse du Holstein.

Le Mont Blanc des Nordiques

Le Bungsberg, c’est un peu le Mont Blanc des Nordiques. Je ne l’ai jamais vu enneigé puisque la dernière fois qu’il était bien blanc (2021), les autorités ont interdit toute visite par crainte des contagions. Cependant, je sais que ce mont est pourvu d’un téléski amovible depuis 1971 et que dans le passé, ce dernier a permis aux skieurs et aux amateurs de luge de remonter les pentes glissantes du Bungsberg. On sourit un peu en lisant l’envergure de cette piste — elle fait en tout 0,2 km et sa descente en ski se fait en 30 secondes — mais il n’ empêche qu’officiellement, le Bungsberg est la station la plus septentrionale d’Allemagne.



Par contre, faute d’argent et de personnel, cette station temporaire reste fermée depuis 2013. La mairie n’a pas encore trouvé de solution et comme il ne neige pas tous les ans, ce n’est peut-être pas non plus une priorité majeure… Sur le terrain, il ne reste de ce fil-neige que les fixations au sol juste à côté du sommet ainsi qu’un lampadaire en bas de la piste. Entre les herbes et les pissenlits, il y a aussi comme un couloir qui file vers le bas — un léger tassement juste à l’endroit où des générations de skieurs ont creusé la colline. Je n’ai donc que des photos printanières du sommet et des environs à proposer, mais si vous êtes curieux de savoir à quoi ressemble cette piste en hiver, jetez donc un coup d’œil sur le topo qu’un internaute a publié en 2005 (site).


Au loin, un petit bout de mer à l’horizon…

Commençons par le sommet : 167,4 mètres de terre sous un tapis de pissenlits ainsi qu’une pierre qui marque le point culminant — un sommet datant de l’avant-dernière glaciation, c’est-à-dire il y a 150.000 ans ce qui fait de lui un ancêtre car le paysage environnant est souvent plus récent. Bien plus tard, il s’est retrouvé entouré par les glaciers scandinaves. C’était il y a 10.000 ans. Depuis, le Bungsberg est ce qu’on appelle un nunatak — une île émergeant des eaux glacées.



Sachez que vous pouvez bivouaquer une nuit sur cette colline si vous venez à pied ou en vélo. En effet, ce spot fait partie des sites du projet « Wildes SH ». Sur place, un panneau l’indique. Bizarrement, sur la page officielle, vous ne le trouverez pas mais je suppose que c’est pour éviter la foule.

Les tours du Bungsberg

A quelques centaines de mètres du sommet, la vue n’est pas aussi dégagée car les arbres ont envahi le versant. Cependant, deux tours s’élèvent au-dessus des cimes et permettent de voir plus loin et surtout de plus haut.

La Tour d’Elisabeth

L’une d’elles s’appelle « Elisabethturm » — du nom de la princesse Élisabeth de Saxe-Altenbourg qui vécut de 1826 à 1896 et qui, par mariage avec son cousin, devint la grande-duchesse d’Oldenbourg. C’est son époux Pierre II qui décida de faire construire cette jolie tour en 1863/64. Il semble avoir été inspiré par la tour de Hessenstein qui ne se trouve pas loin de là. En effet, on retrouve un élément commun, des vitraux colorés aux fenêtres qui égaient la cage d’escalier (il paraît que ce sont les enfants de l’école primaire de Schönwalde qui les ont conçus) mais sinon, je ne vois pas vraiment de similitudes.


Vue de la tour panoramique, la Tour Élisabeth paraît petite mais charmante.

Au départ, cette tour octogonale en pierres granitiques faisait 18 mètres de haut. Cependant, comme les hêtres environnants cachèrent la vue assez rapidement, elle fut rehaussée de quatre mètres en 1875 si bien qu’aujourd’hui, elle fait 22 mètres. Après avoir été rénovée il y a quelques années, aujourd’hui, elle est à nouveau ouverte au public et son entrée est gratuite.

Si vous avez le courage de monter les escaliers, de la plateforme, vous aurez une belle vue sur les surfaces boisées du sud, les collines qui se profilent autour et en bas, vous verrez la place qui s’étend à ses pieds et se compose entre autres d’un restaurant, d’un jardin aménagé et d’une salle d’expo.

D’en haut, la vue est superbe. Il paraît que par temps clair, on peut voir les côtes du Danemark. En tout cas, vous pourrez admirer le bleu de la Baltique derrière les champs et les bocages qui se succèdent en formant des vagues.



La tour de télécommunication

Qui veut aller encore plus haut, peut se diriger vers la tour de télécommunication qui se trouve juste à côté et qui paraît gigantesque en comparaison.

Vous ne pourrez pas aller jusqu’en haut de cet édifice qui fait 179 mètres au total, mais la plateforme étant à une hauteur de 40 mètres, vous verrez encore mieux les environs — par beau temps, vous apercevrez même les tours de Kiel ou de la région de Lübeck au loin. Elle aussi est accessible gratuitement au tout public.

L’ascension de cette tour très seventies (elle a été construite par la Poste entre 1973 et 1975 et appartient aujourd’hui à Telekom) se fait par une cage d’escalier en béton gris. Les 200 marches sont fatigantes mais à chaque étage, un nombre indique les mètres déjà parcourus et des graffitis assurent que la montée en vaut la peine. C’est presque encourageant.


La forêt de Schönwalde

Le Bungsberg fait partie des étapes qui se trouvent sur le E1, chemin de grande randonnée européen mais vous n’êtes pas obligés de faire autant de route pour y accéder. Un parking se trouve juste à côté des tours et du sommet.

Néanmoins, si vous voulez aller à la découverte de la nature environnante, je vous conseille plutôt de partir d’un parking situé entre le hameau de Bergfeld et Schönwalde (sur la Lütjenburger Straße, vous trouverez un écriteau en bois nommé « Bekmissen » au niveau du parking).


La forêt de Schönwalde s’étend au sud du Bungsberg.

En traversant la route, vous pourrez emprunter un chemin forestier en direction du Bungsberg. La forêt est superbe. Au mieux, suivez les pictogrammes peints sur les arbres. Ils indiquent le « Sentier de la Suisse du Holstein ». Orientez-vous aussi grâce aux panneaux après avoir traversé une seconde route. De là, vous verrez la tour si bien qu’il suffira de marcher en lisière des bois dans sa direction — toujours plus haut, jusqu’à un raidillon.


Un des abris pour les randonneurs du E1

Voici le parcours d’une petite promenade de 5 kilomètres qui vous aidera à trouver le chemin. Évidemment, selon vos moyens et vos envies, cette randonnée peut être modifiée. La Suisse du Holstein regorge de sentiers. Sachez aussi qu’il y a un restaurant en bas des tours. Son nom ? 168 ü.NN. Vous savez pourquoi, je suppose … même sans traduction.