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Laboe ou la star du soleil couchant

Envie de faire un tour à Kiel et de voir son fjord ? Ma foi, c’est une bonne idée car même si la capitale du Schleswig-Holstein a souffert de bombardements massifs pendant la seconde guerre mondiale, aujourd’hui, son charme maritime est indéniable. Et s’il fait beau, élargissez votre horizon. Allez donc jusqu’à Laboe qui se trouve à 20 kilomètres au nord-est. Là, juste à l’endroit où la mer étend ses bras vers le lointain après s’être enfoncée dans les terres, une petite ville portuaire toute mignonne vous accueillera avec plaisir. Dans le fjord, Laboe est la grande star du soleil couchant.


En fait, même si on parle souvent du fjord de Kiel, il y a erreur en la matière car il s’agit de ce qu’on appelle une « Förde ». Dans le langage courant, ce terme est utilisé pour les bras de mer du sud de la Baltique — pas pour les « fjords » scandinaves aux rives encaissées par des montagnes mais pour des « foerdes » qui s’intègrent plutôt à un ravissant paysage de collines et de côtes basses. Dans le cas de Kiel, l’eau pénêtre dans les terres en formant un grand V assez étroit. C’est d’ailleurs ce qui a valu son nom à cette ville de 247.000 habitants (le mot « Keil » signifie ‘coin’).



Ici, la majeure partie du littoral est aménagée. A l’intérieur, on y trouve toute une succession de quais et de terminals pour les bateaux de croisière, de ports civils et de bases militaires, de chantiers navals mais aussi de larges promenades piétonnes, de pontons qui accueillent les navettes de la rade et de plages entourées de zones boisées ou de constructions urbaines. A l’extérieur, la côte présente quelques falaises de sable et d’argile qui s’orientent vers le large. Et des plages évidemment.

Laboe fait partie des vieux ports de pêche de la Probstei et accueille, grâce à sa plage et son ouverture vers la Baltique, un bon nombre de touristes depuis plus d’une centaine d’années. Ici, la mer descend jusqu’à 16 mètres de profondeur — c’est d’ailleurs une des zones les plus profondes de la  » Kieler Förde ». Aussi, le chenal des gros bateaux n’est pas loin de la plage qui, elle, descend malgré tout en pente douce.



Dans cette eau claire, les enfants, les kitesurfeurs et les véliplanchistes s’en donnent à cœur joie. Depuis quelque temps, il s’y crée aussi un nouveau paysage côtier, une réserve naturelle à deux doigts du monument de Laboe et de son sous-marin, le U-995. Un sentier côtier vous conduira à travers les dunes jusqu’à Stein et sa falaise.



Allons y faire un petit tour. Au mieux, partons du port et comme cette semaine, nous sommes en pleine Kieler Woche, profitons-en pour monter dans la tour du mémorial… Rien que pour voir les petits bateaux sur l’eau, d’accord ?

La plage et la réserve

Pour commencer, parlons plage car c’est certainement un des grands atouts de Laboe.

En contrebas du vieux village, une zone de sable fin permet de goûter aux plaisirs de la mer dans un cadre citadin. La plage de Laboe commence juste en continuation d’un embarcadère. C’est ici — au port — qu’accoste la navette F1 (F pour « Fähre »). Elle traverse la rade plusieurs fois par jour et relie l’est du fjord à la ville de Kiel et sa rive ouest.



La plage en elle-même est accessible toute l’année, cependant, entre mars et octobre, il faut payer pour y installer sa serviette. Partez d’une taxe de 1,50 à 2,50 € par jour. Près du port, vous verrez de curieux fauteuils en osier regroupés sur la plage près de l’ancienne piscine couverte. Ce sont les transats du Nord, les fameux « Strandkorb » si appréciés des Allemands. Ils permettent de se protéger du vent frais et de s’installer confortablement sans devoir emmener trop de matériel pour autant. Si vous voulez en louer un une journée, à Laboe, vous en aurez pour 11€ (tarif 2021).

La zone de plage qui est délimitée par une grande promenade s’étend sur un kilomètre jusqu’à un mémorial naval très reconnaissable dans la baie.

De Laboe, vous pourrez admirer les gros ferries qui naviguent régulièrement entre Kiel et la Scandinavie mais vous verrez aussi les paquebots qui passent par le canal de Kiel avec leurs montagnes de containers. L’entrée du Nord-Ostsee-Kanal se trouve de l’autre côté, à Holtenau. En face, la plage de Falckenstein et son phare apparaissent comme une tache claire au milieu de la verdure environnante. On aperçoit même les falaises de Schilksee ainsi que les mâts des voiliers dans le port. L’été, il est possible de prendre la navette et de passer d’une plage à l’autre, donc d’une rive à l’autre. En dix minutes, on est à Falckenstein par exemple.


A gauche, Laboe, à droite, Falckenstein, sa plage et son phare.

C’est en fin de journée que la vue est la plus romantique. Alors, le soleil couchant transforme la capitale et la péninsule du Dänischer Wohld en ombres chinoises qui finissent par disparaître dans la pénombre du soir. Le fjord et ses voiliers quant à eux, s’accrochent le plus longtemps possible à la lumière et scintillent pour le plaisir des yeux et de l’âme.



Plus à l’est, à la hauteur du mémorial et du sous-marin, une zone sauvage prend le relais jusqu’à la petite ville de Stein. Plus de taxe, plus de « Strandkörbe » et plus de nettoyage mais un paysage de dunes très récent car il y a encore quarante ans, cette surface était recouverte par la mer.



La « Dünenlandschaft de Laboe », réserve naturelle de 10 hectares, a été créée en 2005 et invite la flore et la faune à se développer dans un paysage de lagune. Qui passe par là avant de rejoindre la falaise, peut s’imaginer l’aspect d’origine de cette côte basse aménagée en grande partie pour le tourisme. Elle était certainement bien plus soumise aux tempêtes et aux vents.

Le port

Repartons vers le port qui peut être considéré comme un des centres touristiques de Laboe. C’est ici, à deux pas des magasins de souvenirs, des cafés et des restaurants que vous trouverez le port de plaisance avec tous ses voiliers (il y a quand même 375 places).



Sur un des quais principaux, en plein milieu, une enfilade de baraques en bois donne une note scandinave au lieu avec ses tons rouges. Des bateaux de pêche qu’on appelle « Kutter » en allemand y mouillent. L’attirail de pêche est entreposé à côté des cabanes de pêcheurs, les filets y sèchent en tas, les fanions flottent au vent sur leurs tiges de bois.

A côté, on aperçoit un gros navire orange fluo qui appartient à la Société de Sauvetage en Mer (la DGzRS). Le SK Berlin. Même s’il est entouré d’un petit labyrinthe de bateaux de plaisance, le Berlin semble dominer la situation, toujours prêt à partir en cas de besoin.

Pendant ce temps, au bord du quai central, quelques vieux voiliers haranguent les touristes avec leurs beaux bois vernis et leurs couleurs chatoyantes. Qui souhaite savoir s’il a le pied marin, peut partir à la pêche à bord d’un des bateaux accostés près du parking.

Par contre, qui préfère profiter du cadre maritime sur la terre ferme, n’a qu’à s’installer dans la Fischküche, le meilleur restaurant de poisson de la région à mon avis, ou juste y commander son « Fischbrötchen » et le consommer au bord de l’eau. Evidemment, il y a d’autres possibilités de restauration le long de l’avenue qui suit la plage. A vous de voir !

La tour

Un kilomètre plus loin, un colosse vous attend. Il s’agit du Ehrenmal de Laboe construit dans les années 1930 en l’honneur des soldats de la marine impériale morts pendant la première guerre mondiale. Aujourd’hui, le mémorial qui ressemble à la voile ou à la proue démesurée d’un navire est dédié à tous ceux qui ont péri en mer — quelle que soit leur nationalité. Un espace impressionnant que vous pouvez découvrir de plus près en lisant mon article qui lui est dédié.

De la plage, on a l’impression que la tour s’élance le nez au vent, en direction de la mer, dans un paysage d’herbes et d’argousiers. Le massif d’un sous-marin peut-être.

Il paraît que la tour de Laboe doit être rénovée d’ici 2022 car les intempéries et la mer ont rogné les pierres et les joints. Heureusement, même affûblée d’un échaffaudage, vous pourrez profiter de la vue car il n’est pas prévu d’en bloquer l’accès.

Qui prend la peine de monter, se retrouve 85 mètres plus haut et domine presque tout le fjord. A l’est, on peut même distinguer les îles danoises. Un paysage maritime qui brille et qui scintille de partout. Côté terre par contre, l’œil sautille d’une colline à l’autre et s’arrête sur les petits sommets de la Suisse holsteinienne.

Pour les habitants du fjord, ce monument expressionniste est un point de repère. Pour nous, elle est la possibilité de prendre un peu de hauteur et d’admirer une eau bleutée où les nations se retrouvent une fois par an dans le cadre des régates de la Kieler Woche. Cette semaine justement.

Mais même sans la « Semaine de Kiel » qui est le grand événement de l’année ici, le spectacle est un régal pour les yeux car par beau temps, le soleil fige l’intérieur du fjord dans un monde argenté tandis que les plages de Laboe se dessinent à nos pieds — jaunes et vertes, citadines et sauvages, immobiles et rafraichissantes de bonheur. Des enfants avec leurs seaux, des couples sur une serviette, des troupeaux de fauteuils, des kitesurfeurs qui virevoltent. Tout ce petit monde devant une mer qui, elle, s’étend et s’anime de petits triangles blancs. De temps en temps, un ferry passe. Ou un cargo. Tout près.



Pas étonnant que Laboe ait décidé de s’appeler coquettement « Die Sonnenseite » — « le côté du soleil ». A faire quand il est là justement !