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Voyage à travers le temps : Stolpe et ses vieux cailloux

Parmi les musées de géologie et de minéralogie, beaucoup sont délaissés du grand public. Il faut dire que souvent, ils exhalent l’encaustique des vieux parquets et que les vitrines sont aussi placides que leur monde de pierre exposé. D’une certaine manière, le « Urzeithof » qui se trouve entre Hambourg et Kiel et dont je vais parler ici, se démarque. Il a décidé de raconter des histoires — des true crimes, des films catastrophe ou de science-fiction — et ce faisant, il respire la passion, l’originalité et l’amour du détail.

Je préviens tout de suite, ce musée privé dédié à l’histoire de la Terre n’est pas énorme même si la propriétaire et son équipe débordent d’idées et que d’année en année, ils agrandissent et étoffent leur beau projet. Donc : petit, mais joli. Qui aime la géologie, y trouvera une collection intéressante et aura du plaisir à pénétrer dans les détails du sujet. Mais même si vous n’êtes pas fadas de « cailloux », je vous conseille la visite rien que pour le cadre, surtout si vous avez un penchant pour Jules Verne et le steam punk.

C’est parti pour une leçon d’histoire naturelle, le temps de découvrir le grand blockbuster de notre planète — quelques milliards d’années pleines de vie, de drames, de mort, d’anecdotes qui témoignent de changements climatiques, d’intrusions extra-terrestres, de cataclysmes, d’Armageddon, de renouveau — d’une évolution perpétuelle. L’aventure de notre Terre est la nôtre car tout ce que vous pourrez admirer dans cet espace julevernien, tous ces cailloux, toutes ces bestioles et plantes pétrifiées, vous rappelleront que nous-mêmes faisons partie de cette ronde.


Allons ensemble dans le sud-ouest de la Suisse du Holstein, du côté de Belau et de Wankendorf, donc à mi-chemin entre Hambourg et Kiel. Tout près de la nationale se trouve le village de Stolpe, 1300 habitants. Arrêtons-nous là, le temps de visiter un musée de sciences naturelles qui a élu domicile dans les locaux d’une ancienne jardinerie.

C’est ici que Katrin Mohr, une collectionneuse passionnée, a créé le « Urzeithof ». A bord de ce que j’appellerais bien son Nautilus, elle a des partenaires et surtout un équipage composé de bénévoles épris du sujet. Leur dada : la géologie, la paléobiologie, la paléoclimatologie.



Rien qu’en entrant dans le corps de ferme, vous vous rendrez compte que vous avez affaire à des gens emplis de dynamisme, de fierté et d’un étonnant esprit de collaboration.

Personnellement, j’ai tout de suite flashé sur l’ambiance, le style et l’esprit « récupération ». Dans l’entrée, les grandes étagères vert olive sont déjà un régal pour les yeux. En bavardant un peu à la caisse, on apprend qu’ici, « on a misé sur la durabilité et sur le recycling », ce qui inclut ces beaux meubles offerts par une ancienne pharmacie. Tout comme les vitrines que vous trouverez dans le bâtiment principal et qui proviennent du musée de la nature de Hambourg, elles ont été rénovées et préparées avec goût par toute l’équipe.

Le style ? Steam punk ! Aussi, ce sont les couleurs noire et or qui dominent dans les vitrines. Pendant votre voyage dans le temps, vous serez accompagnés d’objets ressemblant au monde sous-marin du capitaine Nemo. Des tuyaux, des appareils scientifiques, des engrenages s’associent aux cadres dorés et aux lampes rétros de piano.

Le musée vit effectivement de son idée de réutiliser des supports existants — parfois, ce sont de vieux meubles réaménagés, parfois, ils proviennent de musées — et le plastique a été évité. Dans la conception, c’est la durabilité, le don et le partage qui priment. Par amour et par respect pour la planète.



Je ne peux pas rentrer dans le détail, il y en a trop et je ne m’y connais pas assez, mais j’aimerais vous faire part de quelques impressions personnelles et de mes highlights visuels. A vous d’y aller. Au fait, une visite est possible également sur internet car sur le site du musée, on peut faire un tour virtuel très bien organisé (par contre, il s’agit de l’expo avant la rénovation).


Si vous passez par là un jour et que vous êtes germanophone, essayez de participer à une visite guidée. J’ai eu la chance de me faire expliquer la collection par Frank Rudolph, zoologue et paléontologue. Grâce à son précieux savoir et son art de raconter, les vitrines se sont réveillées, elles étaient comme vivantes. Faire le voyage dans le temps en marche rapide avec lui était non seulement passionnant, mais aussi très amusant.


Après avoir traversé la cour intérieure, nous voilà au cœur du musée, dans le bâtiment principal qui retrace l’histoire de la Terre — « mobilis in mobile », mobiles dans l’élément mobile, car c’est comme si, soudain, nous étions à bord d’un Nautilus qui nous présente tout son savoir. Un sous-marin avec ses couloirs sombres, électrifiés. Dans ce monde aux lumières tamisées, la pierre raconte, témoigne et s’explique.

La chronologie nous fait découvrir les grands chapitres de la planète, de vitrine en vitrine, de cadre en cadre. Les objets commencent par témoigner du temps où la Terre encore rouge était bombardée de météorites, où la vie se fraya un chemin peu à peu. Une belle collection de fossiles rares datant de l’Ediacarien annonce l’existence d’organismes pluricellulaires ancestraux. Des empreintes figées qui n’ont pas pu empêcher une extinction de masse avant qu’une nouvelle ère génère de nouveaux êtres qui, eux aussi, ont fini par disparaître.


Le temps des météorites

Les chiffres sont très abstraits. Sur les cartons, on lit « 3,4 milliards d’années ». En admirant les stromatolithes du Précambrien, les nautiloïdes et les trilobites du Paléozoïque, on se rend compte de l’esthétique et de l’originalité de l’évolution. Des bestioles à cornes, une collection de trilobites trouvés au Maroc, se tortillent dans tous les sens sur leur pierre, des plantes aux formes élégantes semblent figées dans leur mort, comme sculptées par un génie. Entre deux, on trouve des éponges et des coraux colorés, découverts parfois dans la région.



Soudain, au tournant d’une vitrine, on essaie de s’imaginer un seul continent, la Pangée, des paysages inconnus et les premiers mammifères qui apparaissent sans qu’on sache trop lesquels. Quelques grandes plaques de pierre viennent à la rescousse et manifestent de l’existence de dinosaures, on découvre également une multitude d’ammonites, de crinoïdes, de comatules, de ceratites — une nature artiste qui a créé différents mondes parfois étranges, parfois tout simplement beaux.



Ediacarien, Cambrien, Silurien, Dévonien, Permien, Trias — toutes ces périodes en lettres majuscules dorées se succèdent, ponctuées de catastrophes climatiques — concernant parfois plus de 90% des espèces. Malgré tout, la Terre en a conservé certaines dans son sol. Et le musée les a mises en valeur et à découvert : dans des cadres vintage, des vieilles boîtes en bois et des commodes antiques. C’est comme si elles ressurgissaient du passé et de l’oubli. Par exemple, dans une des vitrines, en voilà un beau psittacosaure ! Et là, sous la cloche, c’est du vrai poil de mammouth !



Peu à peu, tandis qu’on s’approche du couloir d’entrée, de l’Holocène, on découvre une faune qui semble moins loin de nous — des oursins, de l’ambre, des dents de requins, un crâne, une dent de mammouth, le squelette entier d’un ours des cavernes, quelques outils de l’âge de pierre aussi — qui rappellent que l’être humain est un des maillons de la chaîne.

Ma conclusion : tous ces objets soigneusement exposés sont une invitation au voyage dans le temps, à s’imaginer la valse de l’évolution. L’esthétique des vitrines met en scène des exemples intéressants de l’histoire terrestre. Parmi toutes les petites et grandes merveilles de la création que j’ai vues au musée de Stolpe, voici quelques images issues de mon lèche-vitrine :

Je dois avouer que certaines compositions florales m’ont fascinée à cause de leur effet artistique. Alors qu’il devrait se dégager une certaine morbidité de ce tableau, la vie de la plante fossile est encore présente dans toute sa fragilité. Les détails sont sensationnels. Regardez :


Au mieux, découvrez ce musée dans le cadre de la Journée nationale du Géotope (elle se déroule vers le 20 septembre).

Malgré sa petite taille, Stolpe a connu beaucoup de passage. Les premières traces d’hominidés remontent au Mésolithique, il y a donc 10.000 ans. Il s’agissait de chasseurs nomades à la recherche de troupeaux. Les glaciers scandinaves s’étaient déplacés vers le sud en fondant sur leur passage, et le Nord qui s’était réchauffé était recouvert d’un paysage de toundra. On a retrouvé quelques preuves de ces migrations.

Aujourd’hui, journée du géotope, Harms Paulsen, expert en archéologie expérimentale, est venu et montre comment les hommes de Néanderthal fabriquaient des bifaces à base de silex.



Ce n’est que bien plus tard, vers 800 de notre ère, que des Wagriens s’installèrent dans la région qui était très boisée à l’époque. Stolpe se trouvait le long du limes qui marquait la frontière entre les peuples danois, saxons et slaves. C’est ce qui explique probablement les noms d’origine slave autour du lac de Stolpe (et pourtant, ce peuple a été vaincu il y a belle lurette).


Ce jour-là, s’il fait beau, on peut s’assoir tranquillement dans la cour et prendre un café ou fouiner dans les caisses pour acheter des fossiles.

Avant de repartir, si vous voulez, vous pouvez vous installer dans le café qui se trouve dans le corps de ferme. On y propose des petits plats ukrainiens. La déco nous a conquis, la gentillesse et les recettes aussi.
(Je ne suis pas payée pour faire de la pub ni pour le musée ni pour le café.)


Chaque table est une leçon de choses. Sur la photo, en arrière-plan, vous pouvez voir le biface qui nous a été gentiment offert. :o)

Et qui veut continuer sa route, peut faire un tour dans la jolie Suisse du Holstein. Dans ce cadre bucolique, il y a de quoi faire. Un exemple parmi d’autres qui se trouve très près : le moulin de Perdoel et les lacs qui l’entourent. Un autre : le lac de Plön avec toutes ses activités et ses spots.

Adresse du musée

Urzeithof
Am Pfeifenkopf 9
24601 Stolpe

Site internet