Il y a des régions dont on ne sait pas grand chose ou tout bonnement rien du tout. C’est probablement le cas de la région dont je vais parler — la Probstei qui n’a même pas d’article en français sur Wikipédia et dont la prononciation, il faut l’avouer, est assez cahoteuse.
Touristiquement parlant, cette région qui se situe entre les rives orientales du fjord de Kiel et la Suisse du Holstein est connue pour ses côtes qui, l’été, attirent un bon nombre de touristes en général allemands. Très appréciées depuis plus d’une centaine d’années : les villes de Laboe et de Schönberg ainsi que leurs plages, Kalifornien et Brasilien par exemple, ou bien Heidkate.


Le terroir de la Probstei, en revanche, passe plus inaperçu bien qu’il ait énormément de charme lui aussi. Heureusement pour les petits villages qui s’éparpillent entre les champs et quelques lacs, entre juillet et août, il y a ce qu’on appelle les Korntage : « les journées des grains », un programme d’été touristique consacré aux récoltes qui est devenu une véritable institution en l’espace d’un quart de siècle.
Aussi, je vous invite à y faire un tour avec moi à la belle saison. Arrêtons-nous au bord d’un lac idyllique et découvrons la quiétude de quelques hameaux et villages ; passons aussi un peu de temps à Probsteierhagen, « centre » de la Probstei, où l’on peut s’émerveiller devant une belle église baroque et flâner autour d’un manoir en briques qui repose dans son parc. Et en route, profitons-en également pour admirer les légendaires « Strohfiguren », ces sculptures en paille disséminées ici et là — pour le plaisir des petits et des grands.



La Probstei — une histoire de prieuré
Même s’il n’existe pas de correspondance en français, il est tout à fait possible de traduire ce toponyme. La Probstei, « le Prieuré », doit son nom à un chapitre de son histoire et, somme toute, à une particularité administrative qui influença la région pendant des siècles.
Au début du XIIe siècle, à une époque où les Danois, les Saxons et les Obodrites, un peuple slave, se partageaient le sud du Jutland et où les frontières évoluaient au fil des conflits armés, le territoire situé au nord de la ville de Plön se retrouva sous domination saxonne. Très rapidement, Adolphe Ier de Holstein fut commandité par le duc de Saxe. Il devait y créer un fief et pour ce faire, il fit appel à des colons qui s’installèrent dès 1216 sur les terres où les Slaves avaient élu domicile auparavant. Il faut s’imaginer qu’à l’époque, la région était assez peu peuplée et il y avait de quoi faire pour dompter cette nature.
Dix ans plus tard, le même comte décida d’offrir cette marche fraîchement christianisée au cloître de Preetz qui avait été créé en 1211. C’est ainsi que, pendant des siècles, l’établissement religieux voué aux principes du « ora et labora » accueillit non seulement des Bénédictines, mais il administra également ce qui devait devenir la Probstei, le « Prieuré ».
Même lorsque le monastère eut fermé ses portes suite aux turbulences de la Réformation et qu’il fut remplacé en 1542 par un couvent pour Dames nobles1, la région resta sous la tutelle de l’Eglise.



En réalité, cette administration ecclésiastique fut une bénédiction pour la région. Au contraire des terres avoisinantes qui étaient composées de domaines aristocratiques, le cloître misa sur la liberté personnelle et renonça au servage, ce qui signifie que les paysans vivaient en hommes libres même s’ils n’étaient pas propriétaires des champs qu’ils cultivaient. Bien évidemment, ils étaient tenus de payer leur impôt et de s’investir en faveur du cloître, cependant, ils pouvaient tirer profit de leur besogne. C’est ce qui contribua à la prospérité de la région, d’autant plus que les sols étaient fertiles.
Pendant longtemps, la région fut considérée comme un grenier à grains. On exploitait les terres et on exportait, vers la Scandinavie et la Russie par exemple. Les grands bâtiments de fermes que vous verrez dans la Probstei et qui ressemblent parfois à des manoirs en sont le fruit.
Les terres de la Probstei — un patchwork de champs et de lacs
Aujourd’hui encore, la Probstei vit de l’agriculture et son paysage bosselé par un glacier il y a 15.000 ans est marqué par son passé agricole.
Qui parcourt la région en voiture ou en vélo, percevra la nonchalance de sa ruralité. Dès que les beaux jours arrivent, les routes se débobinent entre les terres cultivées au rythme des tracteurs et des villages, les fermes et les champs s’égreinent dans un doux paysage de campagne.
Les plus grandes agglomérations se trouvent sur le littoral de la baie de Kiel. Au bord de la Baltique, on rencontre Laboe, Stein, Wendtorf et Schönberger Strand. Hohenfelde qui se trouve à six kilomètres de Schönberg, fait office de frontière, rien dans le paysage ne signale de changement, mais le village appartient déjà à la Suisse du Holstein. Dans les terres, Probsteierhagen est la plus grande commune.

En matière de lacs, la Probstei ne peut pas faire concurrence à la Suisse du Holstein qu’on appelle aussi le « pays des lacs », cependant elle en a assez et de très beaux. Les plus importants sont le Barsbeker See, un lac côtier entouré de marais d’eau saumâtre, le Dobersdorfer See et le Passader See qui se trouve au cœur de l’ancien « Prieuré ». Citons encore un dernier lac qui fait partie de la région voisine, mais qui vaut le détour : le lac de Selent qui est le plus grand lac du Schleswig-Holstein après le lac de Plön et dont la clarté est impressionnante.
Le lac de Passade et ses hameaux
Dans la Probstei, ce sont les petits villages qui priment. Alors que certains se trouvent le long de la route principale, la plupart repose entre les ricochets de collines et les surfaces boisées. D’ailleurs, ces dernières sont parfois trompeuses. Elles donnent l’impression de grandes forêts alors qu’il s’agit en fait d’un lacis de bocages et de haies champêtres. Quittons donc la B502, cette nationale qui traverse la Probstei et qui mène jusqu’à Schönberg et ses plages, et faisons une première halte au petit hameau de Passade, 360 habitants, dans une coulisse ravissante.
En lisant ce nom, on pourrait penser qu’il est d’origine française, qu’il s’agit d’un lieu romantique où il fait bon vivre une histoire d’amour passagère, mais non, Passade n’a pas de racines latines. Ce nom vient probablement du temps reculé où les Wagriens vivaient ici. « Potzade » serait d’origine slave et signifierait « village au bord du lac ».

Village au bord du lac ? Rien de plus vrai. En règle générale, les habitations disséminées dans les jardins clos et parfois cachées entre les roseaux sont orientées vers l’étendue d’eau. J’imagine le bonheur des habitants qui, au quotidien, peuvent admirer la mosaïque de couleurs et les frissonnements de ce lac enserré de collines vertes. Et qui profitent certainement de ses rives pour se promener ou se baigner.


Pas étonnant que Passade ait remporté le prix du plus joli village d’Allemagne en 2004. Malgré sa petite taille, on trouve quelques points stratégiques très sympa : le lac de Passade évidemment qui est la star du lieu, une belle boulangerie bio, un hôtel-restaurant qui sommeille sous son toit de chaume et une pêcherie avec son attirail lacustre et sa file indienne de barques.
L’accès au village se fait par une route de campagne des plus bucolique. En descendant dans le hameau, on tombe comme par hasard sur le Passader See qui se prélasse sous nos yeux. Et aux premières loges, sur une petite esplanade, se dresse une croix en bois qui contribue à la zénitude du lieu.

Garez-vous à côté de ce monument aux morts et imprégnez-vous des alentours. Vous êtes entourés de nature et de maisons dont certaines laissent supposer — avec leurs imposantes toitures en chaume et leurs briques patinées — qu’il s’agit d’anciennes fermes. A quelques mètres de là, sur la droite, il y a une belle petite plage qui fait aussi office de parc pour les enfants. De quoi passer de doux moments l’été dans une des corbeilles de plage. Cette aire de baignade a même été équipée d’un toboggan sur un îlot flottant.


Un peu après la plage, un sentier permet de longer le lac jusqu’au prochain hameau en marchant dans un paysage de campagne. Les céréales qui poussent dans ces champs (bio!) sont celles qui sont utilisées pour la fabrication des petits pains de la boulangerie. En traversant le bois qui sépare Passade de Wulfsdorf, vous remarquerez que les gens du coin contribuent au charme de leur espace. Ils ont placé quelques surprises très mignonnes en chemin.



A ma connaissance, on ne peut pas faire le tour du Passader See en suivant les berges car il n’y a pas de sentiers riverains partout et une partie des rives a été déclarée NATURA 2000. Il s’agit d’une zone protégée autour d’une rivière, la Hagener Au. Néanmoins, on peut aussi aller à pied jusqu’à la pêcherie et profiter d’un ponton privé pour faire une pause et rêver un peu devant le lac.


Entre la plage et la pêcherie, un large couloir se fraie une voie entre les roseaux. Il sert non seulement de zone pour abreuver les chevaux, mais aussi de rampe pour le club de ski nautique de Kiel.

Il n’y a pas qu’à Passade où les berges ont été aménagées. Ainsi, plus au sud, vous trouverez d’autres petits villages comme Fahren ou Stoltenberg. Eux aussi sont situés dans un cadre idyllique.


Les sculptures de paille de la Probstei
En cours de route, n’oublions pas de jeter un coup d’œil sur les installations temporaires de ces tout petits villages qui mettent beaucoup de cœur à les réaliser car il faut savoir que cette exposition en plein air reste un art populaire et qu’elle est en premier lieu une action communautaire.
Ce sont les habitants des villages qui créent ces sculptures. Tous les ans, les équipes se retrouvent et réfléchissent à de nouveaux projets. Alors que pendant des années, un concours avait lieu pour désigner la meilleure sculpture, depuis deux ans, on a changé de stratégie. A chaque station, les visiteurs trouvent un tampon qui permet de collectionner leurs visites.

Pour l’année 2025, j’ai choisi trois exemples de « Strohfiguren » dont ceux de Fahren et Stoltenberg que j’ai trouvés particulièrement charmants.
En 2025, Fahren a misé sur le romantisme, sur une belle histoire. Est-ce qu’avant leur mariage, les amoureux « se sont cachés dans un grand champ de blé se laissant porter par les courants » comme dans la chanson de Michel Fugain ?2 Personne ne le sait, mais la scène est vraiment ravissante. Au passage, admirez les détails, la coiffure de la mariée par exemple :

Et voici la sculpture de paille du village de Stoltenberg qui a choisi d’interpréter un sujet plus enfantin. En effet, il s’agit d’une allusion au monde de « Mullewapp » qui est très connu en Allemagne. « Freunde », le livre de la littérature enfantine écrit et illustré par Helme Heine, a même été adapté au cinéma (la version française s’appelle « Trois amis »).3

Probsteierhagen et son église baroque
C´est nous les petits puttini
Juliette (2005)
Fesses à l’air et joues rebondies
A dix kilomètres au nord-est de Kiel, on trouve Probsteierhagen, 2500 habitants. Les premiers documents évoquant cette ville l’appellent Indago, donc « parcelle clôturée » en latin. Au XVIe siècle, elle représente certes plus d’une parcelle, cependant, elle est encore petite en surface et en population (plus petite d’ailleurs que Passade à l’époque). Bien que des marchands et des artisans s’y soient implantés, Probsteyer Hagen est en premier lieu une paroisse. En son centre, sur une butte, se dresse l’église Sainte-Catherine dont les fondations gothiques remontent au XIIIe siècle.


Regardons de plus près cet édifice qui est l’un des plus anciens du lieu. Pendant longtemps, le bâtiment religieux à nef unique garda une architecture simple. Comme toutes les anciennes églises du Nord, sa façade est composée de pierres granitiques et de briques.
Les entrées et chapelles annexes ont été créées ultérieurement. En effet, les modifications les plus importantes eurent lieu aux XVIIe et XVIIIe siècles. C’est Wulf Blome († 1735) qui procéda à la plupart des transformations et travaux. Il était non seulement le propriétaire du manoir de Hagen, mais aussi le prieur de la région et le patron ecclésiastique de l’église. On lui doit l’aspect actuel du chœur et c’est certainement lui aussi qui fit bâtir la chapelle funéraire de la famille Blome au nord de l’église. Plus tard, entre 1783 et 1788, Johann Adam Richter, un maître-d’œuvre connu dans le nord pour ses églises baroques et ses gentilhommières, fut chargé d’agrandir l’édifice et reconstruisit la tour.
Aujourd’hui encore, des tavaillons recouvrent le toit. Quant à la tour aux formes baroques, elle s’élance 40 mètres au-dessus des maisons du bourg avec son clocher à bulbe (1787).




Concentrons-nous maintenant sur l’intérieur de l’église qui manifeste du désir de la famille Blome d’en faire un bâtiment représentatif. Grâce aux grandes fenêtres, aux murs et aux plafonds essentiellement blancs ainsi qu’aux boiseries peintes en grande partie dans des tons gris, l’église paraît claire. Les bancs, eux aussi, reprennent ces tonalités, certaines arborant les armoiries de la famille Pogwisch à qui le domaine de Hagen a appartenu jusqu’au milieu du XVIIe siècle.

Les trois éléments qui attirent l’attention en entrant dans la nef sont la loge seigneuriale qui se dresse sur le côté droit avec deux couples d’anges portant les blasons de la famille Blome, une chaire datant de 1716 de l’autre côté et l’autel que vous verrez en face de vous.
Avançons vers le chœur qui nous réserve des surprises.

D’abord, il y a l’autel monumental de style baroque (1695/97) qui s’élève sur deux étages et qui comprend deux représentations du Christ (Jésus dans le jardin de Gethsémani4 et un Ecce homo). Entre les colonnes colorées du retable, vous apercevrez les deux apôtres Pierre et Paul, et en haut de l’édicule, un tétragramme proéminent. Il s’agit là d’un ouvrage de Theodor Allers. Quant à la grille style Régence, elle date de 1722. Vous y découvrirez les blasons de la famille Blome puisque c’est Wulf Blome qui l’a commandée.
Voici quelques détails de cet autel qui est considéré comme un chef-d’œuvre en matière de baroque à feuilles d’acanthe (« Akanthusbarock »), ce motif ornemental ayant été très utilisé autour de 1700 dans le nord de l’Allemagne :




Au nord, un portail baroque riche en détails et en symboles annonce l’entrée de la chapelle funéraire de la famille Blome. Parmi toute cette profusion d’éléments baroques, cherchez les oppositions entre l’ici et l’au-delà, entre le carpe diem et le memento mori, deux antagonismes si importants en Allemagne au lendemain de la Guerre de Trente ans et de toutes ses épouvantes. Je vous aide. L’ancre, la chandelle, le sablier et le crâne sont des motifs typiques de la Vanité, tous invitent à réfléchir à la fugacité de la vie terrestre tandis que la rose, le compas et la croix évoquent la vie éternelle. Encore un joli contraste : les deux cornes d’abondance qui rappellent la richesse de la famille Blome d’un côté, de l’autre, la représentation d’un jardin paradisiaque ainsi qu’un cartouche rappelant le psalme 17:15.
Seigneur, lorsqu’il m’aura été fait justice,
je contemplerai ta face et, à mon réveil,
je pourrai me rassasier de ton image.

Il est temps de lever les yeux car surprise ! Sankt-Katharina est l’une des seules églises de village arborant un plafond en stuc. Regardez la beauté et la finesse du travail :

Les riches décorations en plâtre ont été réalisées vers 1710 par Joseph Mogia, un stucateur italien dont il reste de très beaux ouvrages dans les manoirs de la région.5 Admirez toutes ces moulures aux géométries florales, toutes ces symétries délicates, toutes ces volutes qui correspondent aux formes ciselées des feuilles d’acanthes que vous trouvez des deux côtés de l’autel. On se croirait un peu dans un château d’Italie alors qu’on est dans une église de village.
Au-dessus de vous, la coupole s’ouvre vers un zénith radieux, vers un soleil qui brille de tous ses feux, éclairant non seulement le chœur mais aussi quiconque lève la tête. Une promesse d’éternité dans un paradis peuplé d’anges. Sur une balustrade divine, huit petits musiciens au regard malicieux et enjoué vous accueillent, le sourire aux lèvres, accompagnés d’autres angelots qui sortent leur tête ailée de nuages orangés en forme de coquillages. En plein milieu de ce soleil qui semble surplomber le cœur et la conscience des fidèles, une colombe, l’incarnation du Saint-Esprit, vient transmettre le message divin.




Je vous laisse quelques secondes en compagnie de ces « petits puttini » et de leurs instruments de musique. Ce n’est certainement pas « Le congrès des chérubins » de Juliette, mais on s’imagine sans peine :
Un drôle de charivari
blablas, frou-frous, éclats de rire
Comme une volière en délire
Approchez-vous et voyez ces bambins
Le cheveu frisé et le regard mutin
Malins et coquins chérubins.6




Tournons-nous maintenant vers la chaire en bois qui date de 1716. La cuve richement décorée est surmontée d’un abat-voix d’anges et de vases dorés qui semblent accompagner la parole du prédicateur. Admirez aussi les personnages bibliques sur les faces extérieures de l’escalier et la couleur des colonnettes qui reprennent celle de l’autel.

En face de la chaire, vous trouverez la loge surélevée de la famille Blome. Ici aussi, l’auteur de ce mobilier de couleur gris foncé a fait appel à des putti pour décorer la balustrade.
Pour finir, retournez-vous et vous découvrirez l’orgue baroque (1670) qui trône en hauteur et dont on ne connaît pas le créateur. Il passe pour être l’un des instruments les plus intéressants et originaux du Schleswig-Holstein.




Au fait, dans ce cadre religieux, vous trouverez également une sculpture en paille au début du mois d’octobre bien qu’elle ne fasse pas partie du programme des « Korntage ». Il s’agit d’une couronne qui décore l’église à l’occasion de ce qu’on appelle « Erntedankfest », une fête servant à remercier Dieu pour les moissons, une fête qui n’a pas d’équivalent en France à ce que je sache.

Le manoir de Hagen
Aujourd’hui, la commune de Probsteierhagen est bien plus étendue que naguère. Et elle est très fière de son manoir baroque qu’elle appelle tendrement Schloss Hagen, donc le château de Hagen. Ce « château », vous le trouverez au bout d’une rue perpendiculaire à la route principale. Pour ainsi dire, le manoir est en pleine ville.
Après avoir appartenu à une famille de nobles pendant des siècles, il fut racheté par la commune en 1932, servit d’école durant quarante ans jusqu’à ce qu’il héberge le centre culturel de la ville. C’est ce qui permet d’y accéder à différentes occasions dans l’année (par exemple pour les marchés de printemps, d’automne et de Noël) et d’admirer certaines traces de son passé.
Son parc historique s’étend derrière le bâtiment sur cinq hectares et est ouvert au public toute l’année. C’est Christoph Blome, le dernier propriétaire de la famille, qui ouvrit le jardin à l’anglaise à la population. A noter que ce parc date de 1865 et a été créé par Albert Rosenberg qui devint plus tard jardinier de la cour de Prusse.

Le manoir n’est pas le premier en date. Il y a dû en avoir un précédent. C’est du moins ce qu’on suppose au regard de la cave voûtée qui est plus ancienne que le bâtiment. Jusqu’au milieu du XVIIe siècle, le domaine avait appartenu à la famille Pogwisch ; pour être exact, jusqu’à ce que Hinrich Blome épouse Lucia Pogwisch, héritière du domaine. Les deux époux firent construire ce manoir baroque entre 1647 et 1649, juste après leur mariage — un bâtiment en brique sur deux étages qui était entouré d’un fossé au départ. Plus tard, ce beau manoir qui impressionne avec ses pignons à gradins fut agrandi. Aujourd’hui, il dispose de trois ailes.




J’ai déjà parlé de Wulf Blome, prieur de la région et initiateur de travaux d’envergure dans l’église de Probsteierhagen (il s’agit au fait du fils de Hinrich und Lucia). Comme ses parents avant lui, il modernisa sa maison de famille. Malheureusement, une grande partie du stuc qui décorait les pièces du château a disparu. Néanmoins, certains détails manifestent de l’élégance et de la richesse des ornements.
Lors de la restauration des pièces au début des années 2000, quelle ne fut pas la surprise lorsqu’on gratta les vieilles couches de peintures dans la chambre « Pogwisch ». Derrière, on découvrit des peintures murales uniques dans leur genre en Allemagne du Nord et extrêmement bien conservées — des peintures murales représentant des colonnes et des balustrades sur fond de végétation luxuriante — un air de Méditerranée près de la Baltique. Il s’agit là d’un « stucco lustro » de 1725, une technique italienne d’enduit qui imite l’aspect du marbre et s’applique sur une surface humide avant d’être lissé en plusieurs étapes.




Avant de quitter le parc du château, regardons aussi de plus près ce que la ville a concocté en 2025 — une scène de poulallier pleine d’humour représentant un club de judo en plein entraînement :

Petite remarque : Ces photos ont été prises juste avant la mise aux enchères annuelle de ces sculptures, donc au début du mois d’octobre. Vous voyez qu’à la fin de l’été, elles sont encore belles.
Un labyrinthe dans la Probstei
Avant de clore notre petite excursion dans le terroir de la Probstei, il ne me reste plus qu’à mentionner un divertissement original qu’on ne trouve qu’à Probsteierhagen (comme d’habitude, je ne suis pas payée pour faire quelque publicité que ce soit). A côté d’un restaurant traditionnel et de son mini-golf, il y a la possibilité de se perdre dans le dédale végétal d’un labyrinthe dont les haies ont plus d’une centaine d’années maintenant. Très agréable à faire avec ou sans enfants. Ici, pour une fois, pas de paille ni de foin par contre. Et pourtant, vous êtes en pleine Probstei !

- Aujourd’hui encore, les familles nobles faisant partie de l’organisme ont la possibilité de louer un appartement pour leurs filles. ↩︎
- Michel Fugain: Une belle histoire (1972) ↩︎
- Il existe aussi une adaptation cinématographique du livre : « Mullewapp: Das große Kinoabenteuer der Freunde ». On trouve le film sous le titre français « Trois amis mènent l’enquête » (2009). ↩︎
- Dans l’église de Flemhude à l’ouest de Kiel, vous trouverez une représentation presque identique du même auteur. Elle a été créée dix ans plus tôt. ↩︎
- A l’époque, des stucateurs italiens dont les services étaient très demandés, s’installèrent en Allemagne. La famille Mogia par exemple résidait à Hambourg et l’entreprise fut à l’origine de travaux que vous pouvez admirer encore aujourd’hui à Gottorf ou à Lübeck. ↩︎
- Juliette Noureddine : « Le congrès des chérubins » (2005) ↩︎
