Boardwalking — Dans les tourbières de Habernis

Boardwalking — Dans les tourbières de Habernis

Sur les cartes, il y a des noms tellement sauvages qu’ils éveillent la curiosité — « Wolsroi » par exemple qu’on prononce ‘Volsroï’ en allemand. Quand j’ai lu ce mot pour la première fois, je me suis imaginée des steppes hongroises et en plein milieu, un homme au regard perçant et aux cheveux dans le vent. Oui, tiens ! un comte slave. Dans son uniforme de l’Empire d’Autriche-Hongrie, il sortait tout droit d’un roman de Joseph Roth et il galopait dans les plaines sur son cheval pommelé à la recherche de l’ancienne gloire impériale. Ah, le comte Wolsroi ! Ou alors j’aurais bien vu un guerrier hun avec son arc tendu et ses flèches dans le dos. Tagada tagada, voilà Attila et Wolsroi — accompagnés évidemment d’un bruit de sabots qui résonnent sur le sol gelé des prairies d’Europe centrale.

Mais non, en fait, Wolsroi* est le nom d’une source artésienne et ‘roy’ ou ‘roj’ vient du danois — pas du slave. Apparemment, Wolsroi serait une ancienne ‘forêt défrichée’ ce qui tient la route car la source qui fait bloup-bloup dans son trou à raison de 600 litres par minute se trouve au bord d’un pré vert et entre deux ou trois collines.

L’aquifère en question fait partie des quelques sources minérales du nord de l’Allemagne. A deux pas d’une belle tourbière, lui et un petit ruisseau alimentent une zone marécageuse qu’on appelle le Habernisser Moor. Le ruisseau, la Habernisser Au, coule en plein milieu d’une petite vallée et façonne ainsi une partie du paysage côtier de la mer Baltique. Sur une carte allemande, nous sommes tout en haut, au bord du fjord de Flensburg.



Ici, autour des tourbières, pas trop de polluants. L’agriculture est extensive. Dans les eaux peu profondes de ce petit ruisseau, on trouve même à nouveau des truites de mer.

*Dans les vieux dictionnaires, on trouve cette source sous le nom de Mölroy.


Ici, nous sommes à quelques centaines de mètres du barrage et de la plage, presque au niveau zéro ce qui rend l’endroit fragile, surtout pendant les tempêtes. En 1872, lors de l’onde de tempête qui a ravagé les côtes allemandes, la péninsule de Habernis a été inondée et s’est même transformée en île pendant un moment.


Des deux côtés, des petits canaux rejoignent le ruisseau en cours de route. C’est pourquoi on en rencontre de temps en temps en marchant. Entre deux bois ou deux bocages, on se perd aussi dans les roselières, à l’abri du vent.



Le résultat vaut une petite randonnée car le cadre est aussi charmant que varié. Pour traverser les endroits les plus humides, tout un système de platelages a été construit qui permet de ne pas trop se mouiller les pieds. Pas un beau et grand chemin mais plutôt juste la place d’avancer entre les herbes et les joncs. Romantique, sauvage mais aussi sportif car on a tendance à serrer les fesses pour ne pas tomber quand les planches sont mouillées !

Aussi, je vous invite à faire une belle promenade en planches à travers les tourbières de Habernis, à faire du « boardwalking » (sur canapé pour commencer) et à découvrir une partie du paysage vallonné de la région de Angeln : son savant mélange de creux et de bosses, de petites forêts, de bocages touffus et de pâturages verts.


Je vous publie de plus belles photos au printemps prochain. C’est promis !


Un conseil

Vous devriez combiner cette sortie avec une promenade en bord de mer et la visite de l’église de Neukirchen qui est accrochée à la falaise.

A votre place, je partirais de l’église et après avoir marché le long de la falaise en direction de Nieby et de Habernis, je ferais le tour du Habernisser Moor (ce tour commence lorsque la falaise redescend au niveau d’un tout petit barrage).

Voici une carte du Naturschutzverein Habernisser Au qui permet de s’orienter et deux photos qui vous montrent que vous êtes au début du fjord de Flensburg mais déjà juste en face des côtes danoises.



Et s’il fait beau, pourquoi ne pas en profiter pour faire un peu de plage ? Il s’agit ici de plages nature (donc il y a aussi des zones de pierres) mais elles sont certainement moins pleines en été que celles qui bordent les « grandes » villes du Nord.

S’il fait humide par contre, faites attention sur les planches parce que ça glisse. A Langballigau qui se trouve un peu plus au nord, vous trouverez un principe similaire. Les planches qui traversent la vallée tunnel de la Langballigau ont été recouvertes de grillages cloutés ce qui est plus adhérent mais moins amusant quand on aime faire de la glisse. 🙂

Pour approfondir

Article sur les caractéristiques géologiques de Habernis (site très enrichissant de Hildegard Wilske, en allemand)

A faire dans le coin

Tout près

Au nord

Au sud