Sous le charme de Husum

Qui a prévu de passer quelques jours à la mer du Nord, aura certainement envie d’aller à la côte et de découvrir quelques villes. En allant à Husum, on fait d’une pierre deux coups si bien que cette jolie petite ville portuaire devrait faire partie du programme. Qui veut en savoir plus sur la Frise du Nord, peut parfaire sa sortie en visitant le musée appelé Nordfrieslandmuseum.

Les couleurs du port de Husum

Il faut dire que sur la côte Ouest du Schleswig-Holstein, il n’y a pas énormément de villes ce qui réduit le choix. Sans compter les îles telles que Sylt ou Amrum qui sont des cas à part, les plus prisées sont Büsum, Friedrichstadt, Sankt-Peter-Ording et la ville dont il est question ici: Husum.

Si beaucoup d’Allemands pensent que Husum est insipide, triste et maussade, c’est peut-être à cause d’un poème qui nous vient du XIXe siècle et que tous les Allemands connaissent pour l’avoir appris à l’école. C’est vrai que le mot ‘gris’ y fait office de leitmotiv si bien qu’on peut comprendre la méprise. Cependant, lorsque Theodor Storm écrivit Die graue Stadt am Meer, c’est-à-dire ‘La ville grise du bord de mer’, il n’avait pas l’intention de mettre l’accent sur la grisaille de sa ville natale. En fait, partant d’une description des jours où le brouillard recouvre les toitures et fige la surface de l’eau, il voulait faire une déclaration d’amour à sa Heimat. Ce mot intraduisible en français décrit le sentiment d’appartenance à son « chez soi ». Donc, il chantait en premier lieu son attachement au calme monochrome de la Frise du Nord.

En réalité, à part la vase, tout est coloré!

Et pourtant, Husum a dû très longtemps user de tout son charme pour montrer aux touristes allemands qu’elle n’était pas si grise que ça. Au contraire, quand on arrive au port, c’est comme si elle se faisait une joie d’étaler toutes ses couleurs pour démontrer qu’il s’agit d’un préjugé, d’une erreur. Non seulement les maisons mais aussi les vieux bâteaux dont certains ont été reconvertis en restaurant (comme le Nordertor qui est très prisé mais que je n’ai pas encore testé) sont là pour égayer le regard.

Evidemment, quand la mer se retire, le vieux port de Husum se présente avec toute sa vase qui s’accumule dans le canal au fur et à mesure des marées. C’est alors qu’on trouve tout un tas de curiosités qui racontent des histoires parfois pittoresques. Ici, un verre à vin s’est échoué en contrebas du quai. Là, une guitare plantée dans la vase a été abandonnée par une sirène.

Avez-vous vu la guitare?

Par tous les temps, les mouettes profitent du port pour pêcher dans les flaques ou se sécher les plumes au soleil, perchées sur des poteaux, des mâts ou sur le pont des bâteaux.

Aussi, on comprend que ce joli petit port ait le vent en poupe depuis quelques années. Surtout que les Allemands sont de plus en plus intéressés par le tourisme régional. Partout, des troquets et des restaurants autour du port. Qui ne s’est pas payé un petit pain aux crevettes, a loupé une des spécialités traditionnelles de Husum. Un must pour ceux qui apprécient!

La digue et la côte

D’ordinaire, les touristes qui viennent sur la côte veulent profiter des étendues planes et misent sur les promenades en vélo. Une piste privilégiée est le sentier qui longe la côte. Sur des kilomètres, on peut en effet pédaler le long de la digue. Ou faire de la marche.

Côté mer, on se trouve alors devant une plaine aquatique immense faite de prés salés et de Priele, chenaux typiques de la mer du Nord qui forment des crevasses à marée basse et se remplissent d’eau à vitesse grand V lorsque la mer remonte. De longues branches dénudées et fluettes ont été plantées dans la vase des deux côtés du chenal pour indiquer le passage aux bateaux de pêche le long de la côte.

(photo prise par mon père en 2007)

Ici, à Husum, la plage est exotique car on ne trouve aucun banc de sable pour poser sa serviette. Au contraire, afin d’accéder à l’eau, il y a des escaliers et pour prendre son bain de soleil, il faut s’allonger sur l’herbe à quelques pas des troupeaux de moutons ou louer un des fauteuils en osier qui décorent la pelouse à la belle saison.

Une sensation très spéciale: la vase grise qui recouvre tendrement les doigts de pieds quand on les pose sur le sol. C’est d’ailleurs aussi pour cette raison que l’on trouve beaucoup de douches de pieds au bord des plages.

Côté terre et avant la première digue, depuis des générations, patiemment, on essaie de gagner du terrain en créant des prés-salés.

Le musée de la Frise

Pour en savoir plus sur la région et son histoire, il faut aller au Nordfrieslandmuseum, un musée qui se trouve dans le centre de Husum.

Rungholt, les digues et les tempêtes

Le musée commence par une exposition sur Rungholt, ville mythique engloutie par la mer en 1362 (pour en savoir plus sur le monstre de Rungholt, vous pouvez lire l’article à ce sujet). Dans la même pièce, vous trouverez également des informations sur le quotidien de la côte pendant les grandes tempêtes. Souvent, ces grands coups de vent sont accompagnés d’inondations, les plus impressionnantes ayant lieu sur les Halligen, petits îlots surélevés, qui finissent parfois par être complêtement entourés par la mer. Alors, on ne voit plus que les maisons qui sont bâties sur des terps. Les prés-salés disparaissent sous les vagues ce qui explique l’expression utilisée pour parler de ce phénomène. Il s’agit du « Land unter », c’est-à-dire ‘débordement’ ou littéralement « terre sous l’eau ». Les bêtes sont rentrées dans les étables et les habitants attendent dans les maisons que la situation se calme. Tout le monde espère qu’il n’y aura pas de dégâts. Malheureusement pour les enfants, il y a quand même de l’école… par internet!

La vie d’autrefois sur les Halligen et sur les îles frisonnes

Lorsque ça souffle, les reporters sont heureux car ils ont de quoi raconter. Ainsi, depuis que la tempête Chiara qu’on appelle Sabine en Allemagne nous a décoiffés les jours derniers (février 2020), ils ne cessent pas de nous informer sur la situation actuelle des Halligen. Qui écoute les informations, apprend par exemple que les centres de protection de la nature ne voient pas ces tempêtes d’un si mauvais œil car les inondations enrichissent les prés en sel et en sédiments. De surcroît, elles réduisent les populations de rats qui finissent sinon par proliférer dans ces grandes zones de nidification et par décimer la progéniture des oiseaux marins et migrateurs.

Plusieurs pièces sont réservées à la vie que menaient les habitants des Halligen et des îles de la Frise autrefois. Au cours de la visite, on peut même entrer dans une ancienne chaumière de l’île de Föhr. En effet, la maison d’Osea Johannsen qui a plus de 200 ans a été démontée en 1938 et se trouve aujourd’hui à l’intérieur du musée.

Les coutumes de Föhr font l’objet d’une autre pièce qui expose les vêtements traditionnels dont ceux portés en cas de deuil. Les outils utilisés pour aller à la pêche sont également exposés – celle au canard qui se faisait au filet m’a beaucoup surprise.

Pour finir, différentes maquettes et mises en scène expliquent les modes de construction des digues dans le passé et de nos jours.

Les personnalités de Husum

Bien sûr, le musée parle aussi des personnalités ayant joué un rôle dans la ville. A côté de personnes telles que le grand écrivain national Theodor Storm, on trouve le mécène du musée qu’on ne connaît pas en Allemagne. En effet, si le Nissenhaus existe, c’est grâce à un Allemand du nom de Ludwig Nissen (1855-1924). Parti aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle, il fit fortune à New York en vendant des diamants. Quelques années avant sa mort, au moment où la minorité allemande à Manhattan se disloquait et où les Allemands devenaient des ennemis sur le parquet international, il décida de faire construire un bâtiment d’ordre culturel dans sa ville natale.

Lorsqu’il mourut, les plans n’avaient pas encore été concrétisés mais aujourd’hui, le bâtiment construit dans le style nordaméricain au cours des années 1930 porte son nom. Ses cendres ainsi que celles de son épouse reposent au sein du Nissenhaus, dans un décor à la fois sobre et stylé, et sa collection d’œuvres d’art est exposée dans le musée. Merci, Monsieur Nissen!

Bon à savoir

La statue en bronze que vous voyez sur la photo ci-dessus représente Tine qui fait partie des figures emblématiques de la ville. On a beau nommer cette composition tendrement la « Fontaine de Tine » (Tine-Brunnen), le monument s’appelle en fait Asmussen-Woldsen-Monument en mémoire à deux grandes personnalités de la ville. Cette statue se trouve sur la place du marché de Husum depuis 1902 et repose sur un socle au centre d’une fontaine.

A l’époque, Dora Fuchs, jeune employée de l’Hôtel Thomas, servit de modèle à Adolf Brütt, artiste berlinois né à Husum. Le maire essaya de convaincre l’artiste d’échanger les sabots de la jeune femme de pêcheur contre une paire de chaussures. Il les trouvait trop rustiques et pas assez typiques. En vain!

Aujourd’hui, Tine, la pagaie à la main et le regard tourné vers l’Ouest, donc en direction du port, rappelle que la mer est à l’origine de la richesse passée de Husum. Une ville qui vécut du commerce et de la pêche pendant des siècles et qui profite aujourd’hui de son charme pour attirer les touristes. Husum, la sirène!

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Informations et adresses utiles

Nissenhaus
Herzog-Adolf-Straße 25
25813 Husum

Site du musée (en allemand)

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