Question de météo |04|: Le Postsee et son heure dorée

L’eau qui était tombée pendant la matinée, s’était déjà évaporée ou avait été absorbée par le sol mais les nuages n’avaient toujours pas quitté les fenêtres.

Depuis quelques années, la tendance est au gris et à l’anthracite mais ça vaut seulement pour les murs et les meubles. L’été, ce qu’on veut, c’est du soleil, des couleurs et un peu de chaleur. Surtout pas de gris. Surtout pas avec cette histoire de pandémie. Du coup, assister à une bataille de bleu et de gris tous les jours ainsi qu’aux mines désolées des météorologues, c’était carrément frustrant cette année. Trop chaud dans le sud, trop frais dans le nord. Quant aux prévisions de Google and Co, no comment!

Enfin si justement, le voilà le commentaire: Si on y réfléchit, résumer le ciel et la météo en un seul pictogramme est vraiment très réducteur. Et pourtant, dès qu’on jette un coup d’œil sur le menu de la semaine, à la vue des dessins, le baromètre intérieur monte ou descend de plusieurs hectopascals. Dans mon cas, quand il y a sept nuages gris d’affilée (au pire avec de la pluie), c’est dur. Le matin, je me mets automatiquement à regarder les prévisions heure par heure afin de vérifier s’il doit vraiment pleuvoir tout le temps. Ma seule consolation s’il n’y a pas de changement au programme: « Ce gros nuage, ça ne veut pas dire grand chose. Tiens, rien qu’hier, il a fait meilleur que prévu! » M’enfin, ça déprime quand même et ça ne donne pas trop envie de faire des plans.

Cet après-midi là, j’avais attendu un signe du ciel. Ici, c’est comme sur la côte bretonne: Il est très rare qu’il pleuve toute une journée. Le vent pousse les nuages d’une mer vers l’autre sans trop s’arrêter sur les détails en chemin. Il pleut un coup et le soleil revient. Depuis quelques heures, je regardais donc régulièrement ce qu’il se passait autour de chez moi, sûre que le soleil se montrerait quelque part. Finalement, à force de regarder sur Internet, j’avais remarqué qu’il devrait y avoir du mieux à l’est en fin d’après-midi. C’est ainsi que nous sommes partis vers Preetz dans l’espoir d’avoir un peu de luminosité avant que la nuit tombe. Une petite touche dorée dans la grisaille du ciel. Et juste histoire de faire une petite promenade le long d’un lac appelé le Postsee.

Preetz et son lac

La région de Preetz se trouve à l’est de Kiel. En vingt minutes environ, on y est si bien que c’est tout à fait faisable, même pour quelques kilomètres de marche. Qui veut visiter la ville en prime, peut évidemment le faire aussi car Preetz est très mignon et le quartier autour de son cloître de toute beauté.

Preetz fait déjà partie de ce qu’on appelle la Suisse du Holstein. Qui dit « Suisse », dit montagnes. Qui dit « Holstein », dit toutes petites montagnes. Des collines quoi! Le charme de la région réside donc en son paysage courbé et ses nombreux lacs. Même si la chaîne des lacs commence plutôt vers Plön, Preetz a ses lacs aussi. Un des plus grands, le Postsee, est composé de deux parties, lesquelles sont séparées par une digue où passait un petit train autrefois. Depuis le temps (les dernières locomotives y ont circulé en 1938), les rails ont été démontés et la voie est réservée aujourd’hui aux piétons et aux vélos.

Au niveau du petit pont qui traverse la Alte Schwentine en plein milieu de la digue, une plage minuscule permet d’admirer la partie sud du lac. La profondeur moyenne ne dépasse pas les 3 à 4 mètres.

Nous avons décidé de commencer notre balade dans le petit village de Sieversdorf et de partir à la découverte de la partie sud-est du lac. De ce point de départ, on rejoint très vite l’ancien tracé du chemin de fer qui va en direction de la ville de Preetz et qui permet de contourner le lac. Ce chemin permet d’accéder à un paysage agricole très varié. En effet, les alentours du lac de Postsee n’ont pas subi de remembrement rural si bien qu’on y trouve encore un paysage typique de l’agriculture du XIXe siècle.

Il est composé de champs, de prés humides, de bocages, d’étangs et de mares. On trouve deux ou trois champs de fraises et de maïs au bord de l’eau, mais c’est à peu près tout. Même ces champs sont joliment décorés:

Jusqu’à présent, le lac s’était caché derrière une lisière de joncs et les herbes des prés. C’est alors que la rive rejoint un grand pré. Son propriétaire a installé une petite échelle contre la clôture et autorise l’accès à l’eau. Il précise simplement qu’il faut faire au plus court.

Même si ce lac est joli à regarder, ce sont surtout les prairies d’herbes et de jacobées communes qui nous ont fascinés pour leur simplicité et leur chaleur.

La savanne du Postsee

Les prairies naturelles font office de savanne. Ici, on mise sur le pâturage extensif. Même si les galloways, bovins originaires d’Ecosse, paissent ensemble dans les zones humides, surtout quand les mamans ont leurs petits avec elles (le papa veille sur son troupeau en plein milieu), on peut partir du principe qu’il y a trois hectares par bovin ce qui fait une belle surface.

Leur territoire est ponctué de nombreux fossés dans lesquels ils peuvent s’abreuver et se baigner. Depuis peu, une vingtaine de mares artificielles permettent aux batraciens de s’y sentir bien aussi. L’avantage est double: Les bovins d’Ecosse sont connus d’un côté pour la qualité de leur viande, de l’autre, ils entretiennent et restaurent les milieux ouverts en toute tranquillité.

Les galloways sont des vaches de nature très paisible. Si elles s’approchent, c’est parce qu’elles sont intéressées par ce que vous avez dans la main. Un portable par exemple!

L’heure des Drôles

Dans cette zone, on ne peut pas parler de petits sentiers car il s’agit plutôt de larges chemins agricoles bordés d’arbustes. Néanmoins, on se sent quand même en pleine nature. Des deux côtés de la route, les champs vallonnés sont limités par des bocages touffus et en plein milieu des prés, on a planté des arbres solitaires ça et là pour faire de l’ombre au bétail. Sincèrement, c’est superbe dans le soleil du soir. Et quelle atmosphère quand des milliers d’étourneaux décident de changer de perchoir toutes les deux minutes! Alors, un grand bandeau noir se déplace d’un arbre à l’autre en faisant des virages dans tous les sens. Le ciel entier piaille en chœur. Dans les arbres, c’est toute une agitation sonore. Un véritable spectacle!

Un autre spectacle a lieu au bord de l’eau.

Alors que les rayons du soleil éclairent les herbes des prairies à l’horizontale, c’est comme si des milliers de petites graines prenaient leur envol et se mettaient à danser au dessus de leurs plantes-mères. On voit alors partout des petits nuages verticaux qui ont drôlement la bougeotte. Un va et vient scintillant à un mètre du sol. Magique!

Si on regarde de plus près, on s’aperçoit que ces petites particules flottantes sont en fait des milliers de moucherons qui volent tous ensemble au soleil. Lorsqu’on va dans leur direction ou que l’on tend la main, le nuage se déplace lui aussi pour éviter le corps étranger bien trop compact. Une rencontre nature à la fois fluide et aérienne.

Et en regardant dans le ciel, on s’aperçoit que là-haut, il y a un troisième spectacle. C’est l’heure de l’aigle pêcheur qui profite du soleil couchant lui aussi. Certainement pas pour remplir son cœur mais plutôt son estomac.

Comme quoi, parfois, une petite promenade du soir vaut le coup. Même si la météo a décidé de coller un gros nuage de pluie sur la carte pour toute la journée et qu’on a pensé que tout resterait gris, même l’humeur…

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