Friedrichstadt ou le petit Amsterdam

Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague
Et des vagues de dunes pour arrêter les vagues

Quand Jacques Brel, inspiré par un ami suisse, chante « Le plat pays qui est le mien », il décrit évidemment sa région natale, la Flandre occidentale, mais sa description du littoral est valable également pour toute la côte orientale de la Frise: un paysage où les terres sont à la même hauteur que la mer, protégées par des digues, où les plages de sable léchées ou battues par les vagues, selon les vents, s’étendent sur des centaines de kilomètres. En fait, cette région qui doit son nom à d’anciennes peuplades germaniques, les Frisons, s’étend en gros des Pays-Bas au sud du Danemark sur la côte de la mer du Nord.

Depuis des siècles, sur ce littoral, l’homme s’est battu avec les éléments pour vivre sur des terres inondables riches en sel et protéger habitations, plantations et bétail. Il a gagné du terrain à grand renfort de digues, de canaux et d’assèchement de marais.

C’est ainsi que fut créée la presqu’île d’Eiderstedt à partir de 1200. Aujourd’hui, cette langue de terre fait 30 km de long sur 15 km de large et ses bancs de sable fin, ses dunes et ses prés salés attirent de nombreux touristes à toutes saisons. Alors, partons nous aussi à la découverte de cette région plate mais romantique et arrêtons-nous dans une petite ville du Schleswig-Holstein, Friedrichstadt, qu’on appelle aussi le petit Amsterdam.

Un bon plan pour la journée

déambuler dans les rues de la vieille-ville en admirant les façades des maisons de type néerlandais, s’arrêter sur les petits ponts qui traversent les canaux de la ville pour voir passer les bateaux et les canoës, profiter de la beauté de la place principale pour manger un petit graillou

aller jusqu’au petit port qui relie la Treene et l’Eider et longer la rive en regardant passer les bateaux

partir à la découverte de la ville en canoë ou en petit bateau (à moteur)

se promener sur la digue au milieu des troupeaux de moutons à la sortie de la ville et parcourir le pont qui passe au-dessus de l’Eider

Le petit Amsterdam

Il faut tout de suite préciser que cette ville n’est pas située directement sur le littoral mais au commencement de la presqu’île, là où la rivière de l’Eider coule paisiblement vers la mer du Nord et où la Treene, son affluent, la rejoint. Il s’agit donc d’une coulisse aquatique avec deux beaux courants d’eaux, plusieurs petits ports et des canaux typiques des Pays-Bas qui quadrillent la vieille-ville en quartiers minuscules.

Un des canaux dans le centre-ville de Friedrichstadt
Un ponton par maison! Chacun a sa place de parking devant sa porte.

Nous sommes dans la partie ouest du Schleswig-Holstein qui resta soit danoise soit sous domination du duché de Schleswig jusqu’en 1864. Du coup, il semble bizarre que Friedrichstadt soit appelé le petit Amsterdam et pas le petit Copenhague. De plus, si la ville s’appelle la ‘ville de Frédéric’, à quel Frédéric est-elle dédiée?

Rue du centre-ville
Place du marché

En voici l’explication:

Si le reste de l’Allemagne fut ébranlé par les guerres de religion entre la Réformation et la Guerre de Trente ans, cette région de tradition agricole et commerçante resta assez paisible. Néanmoins, la beauté du site est une conséquence des grands troubles du XVIIe siècle. En effet, en 1621, une vague de réfugiés des Pays-Bas arriva dans le Scheswig-Holstein, fuyant les persécutions religieuses de leur pays. Ils avaient été invités par Frédéric III, duc de Holstein-Gottorp (1597-1659). Celui-ci leur avait proposé de s’installer sur une petite île près de la côte, juste au bord de l’Eider. Il les incita à y créer une ville nouvelle, à l’instar de Glückstadt que Christian IV du Danemark avait fait fonder en 1617.

L’île en question, Seebüll, s’était formée lors de la construction d’un canal construit entre la Treene et l’Eider. En contre-partie, le duc leur promettait des privilèges et des avantages dont la liberté de religion. Evidemment, cette alliance était intéressante pour Frédéric. Les Néerlandais étaient experts en matière d’architecture, de commerce, de construction de digues et d’assèchement des marais. Frédéric partait du principe que la région (et ses caisses évidemment!) profiterait de ce savoir innovant.

A leur arrivée, les nouveaux habitants firent venir des matériaux de leur pays d’origine et bâtirent ce petit joyau qui ressemble de nos jours à une miniature d’Amsterdam. La construction de digues et la canalisation des eaux permirent la création de nouvelles terres arables. Un atout supplémentaire qui régale le palet: Les exilés Néerlandais firent de cette région un pôle de la production laitière et fromagère.

Etant donné que l’Eider se jette dans la mer du Nord, Friedrichstadt connut depuis le début de son histoire un essor économique grâce au transport de marchandises. Ce transit fut intensifié après la construction du Canal du Schleswig-Holstein car cette jonction permettait de faire voyager les biens à l’intérieur des terres.

Cependant, tout se gâta lorsque le Canal de Kiel fut inauguré en 1895. Le canal reliant la mer Baltique à la mer du Nord était bien plus rapide et plus direct pour passer d’une mer à l’autre. Il représentait aussi un atout international puisque les pays de la Baltique pouvaient profiter de ce raccourci moyennant finances. Par contre, il ne faisait que passer près de Friedrichstadt.

Aujourd’hui, la belle station thermale de Friedrichstadt se trouve à 15 km des plages et mise plutôt sur le tourisme.

Friedrichstadt n’est pas seulement intéressante à cause de sa situation géographique et de son architecture bien homogène typique de la Renaissance, son passé en terme de religion l’est tout autant. Que ce soient les Remontrants, les Mennonites, les Quaker ou les Unitariens, maintes minorités religieuses purent coexister dans cette ville grâce à l’ouverture d’esprit de Frédéric III. Et si, de son vivant, il n’a pas donné la permission aux Juifs de s’établir dans sa ville, son fils Christian Albrecht poursuivit sa politique et en 1675, le premier Juif s’installa à Friedrichstadt. Au début du XXe siècle, la communauté juive était même la deuxième plus grande communauté religieuse de la ville. Aujourd’hui, après les crimes commis sous le régime national-socialiste d’Hitler, les Juifs ont disparu. Seuls subistent le nom d’une rue, des panneaux explicatifs et une stèle commémorative.

A faire dans les environs:

Le musée de la préhistoire à Albersdorf

Le Mutimar Wattforum à Tönning

On apprend tout sur la mer du Nord à Multimar Wattforum.

Liens utiles:

Informations touristiques sur la région de Eiderstedt

Lectures:

Un article très complet sur la ville écrit par Cosimo Nocera

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